Jean Romaine

PRÉSIDENTE DE LA FONDATION HIRONDELLE

Romaine Jean est présidente de la Fondation Hirondelle et consultante indépendante. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

L’ATS, un trésor national à préserver

La Suisse n’est pas le pays des grèves. Encore moins des grèves de journalistes. Faut-il que les confrères de l’ATS aient été poussés à bout par des décisions abruptes et pour tout dire absurdes, pour en arriver à débrayer 4 jours consécutifs et à ne reprendre le travail qu’au prix de promesses de négociations! 

A vrai dire, le débat sur l’avenir de l’ATS est capital et pose une question urgente: la Suisse mérite-t-elle de disposer d’un réseau de journaux, sites, magazines, radios, tv, locales ou nationales, dense, diversifié, plurilingue et plurirégional? 

La réponse à la question semble évidente et ne devrait être laissée à la seule appréciation d’un conseil d’administration, en l’occurrence mal avisé.

L’Agence Télégraphique Suisse est peu connue du grand public. Elle est pourtant construite à l’image même de ce pays et en est, depuis un siècle, une sorte de pilier. Tous les journalistes qui ont eu la chance d’y faire leurs classes savent qu’elle est indépendante et discrète jusqu’à l’obsession. Créée pour se libérer des agences étrangères, déjà! Ses employés n’ont ni signature ni visage. L’ATS est neutre, elle évite les commentaires, elle pèse les virgules, elle est plurilingue, elle a instauré une sorte de péréquation au bénéfice des minorités romandes et tessinoises. Ça ne vous rappelle rien? 

En un mot comme en cent, l’ATS est vrai service public et mérite autre chose pour sa survie que quelques pauvres miettes de la redevance, concédée par une ministre de la communication qui regarde ailleurs.

Le dialogue entre la rédaction et sa direction a repris mais c’est surtout après le non espéré à No Billag, que les choses sérieuses pourraient débuter. L’ATS, correctement financée et convertie massivement au multimédia, à la vidéo et au podcast, pourrait être la planche de salut attendue par de nombreuses entreprises de presse. Une sorte de grossiste de l’information, assurant un service de base, permettant la survie d’un paysage médiatique pluraliste et favorable aux minorités.

On ne finira pas de s’étonner à ce propos que la réflexion sur le nécessaire repositionnement de l’agence ait été organisée après les licenciements d’un cinquième de sa rédaction! 

On ne sait pas si Mark Zucker a cherché des alternatives au couperet qui a choqué plus d’un. On ne sait pas s’il a évoqué des financements publics. On ne sait pas si le mariage avec Keystone va permettre d’assurer la même qualité de service. On sait en revanche que le CEO estime ne devoir rendre de compte qu’à ses actionnaires. Il a raison. Pour l’instant. Et c’est bien le problème! 

Mark Zucker, dont l’agence perd de l’argent, a pour lui la stricte rationalité économique. C’est oublier que l’information, comme la culture, la recherche ou la science, ne répond pas toujours à la stricte rationalité économique.

On peut sans broncher laisser disparaitre une à une, les institutions qui composent le paysage médiatique de ce pays. On peut sans broncher estimer que les réseaux sociaux les remplacent allégrement. On ne sortira cependant jamais de cette réalité : l’information fiable n’est pas une denrée comme une autre, elle coûte chère et n’est pas toujours rentable.

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