Rosenstreich Peter

RESPONSABLE DES STRATÉGIES DE MARCHÉ CHEZ SWISSQUOTE BANK

Peter Rosenstreich est Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank. Il a occupé différents postes dans plusieurs établissements bancaires aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Depuis 10 ans, il contribue régulièrement à de nombreux médias financiers internationaux, à l’instar de Reuters, Wall Street Journal, Bloomberg TV & Radio, Financial Times and CNBC.

Peter Rosenstreich est l’auteur de “Forex Revolution: an Insider's Guide to the Real World of Foreign Exchange Trading, aux éditions Financial Times Prentice Hall.

Il est diplômé d’un MBA du Baruch College, Zicklin School of Business, et d’un bachelor en histoire de l’université Clark, à Worcester dans le Massachusetts.

L’argent hélicoptère: LA solution suisse?

L’hélicoptère monétaire en Suisse est une idée bien moins farfelue qu’il n’y paraît à ceux qui disent que cela n’arrivera jamais, prenez en considération deux choses. Premièrement, la politique monétaire actuelle est loin d’avoir obtenu les effets escomptés et semble avoir atteint ses limites. Deuxièmement, elle a profondément changé au cours de la dernière décennie. L’introduction des taux négatifs, les interventions sur le marché des changes, le contrôle des capitaux ou encore l’assouplissement quantitatif, autant de mesures radicales, et considérées auparavant comme impensables, sont communément utilisées. 

Ainsi, et de manière plus globale, le bilan des banques centrales a considérablement augmenté, questionnant la valeur réelle des monnaies fiduciaires et expliquant le développement rapide des crypto-monnaies ou les appels à revenir à l’étalon-or. Dans ce contexte, expérimenter l’argent hélicoptère en Suisse serait une nouvelle possibilité, née de l’association des politiques monétaires et fiscales et permettrait également de satisfaire différents aspects de la société suisse. 

L’abandon du taux plancher a porté un coup à l’économie suisse, qui commence maintenant à ralentir. Les effets prolongés d’une monnaie forte pèsent sur la croissance, la Suisse étant tournée vers l’extérieur. L’appréciation du franc affecte la compétitivité, en témoigne la chute des exportations horlogères, et pèse sur la rentabilité des entreprises ainsi que sur le comportement des consommateurs.

A ce sombre tableau s’ajoutent des pressions déflationnistes venant de l’extérieur, qui précipiteront la chute des prix, attendue entre 2 et 3%. Les efforts pour affaiblir le franc n’ont pour le moment pas fonctionné. Les taux négatifs ne dissuadent pas suffisamment les investisseurs d’acquérir une monnaie considérée comme étant une valeur refuge. La Banque nationale suisse doit alors se résoudre à avoir une politique plus performante.       

L’intervention directe et constante sur le marché des changes est une solution actuellement utilisée. Si la mesure est efficace, elle est également risquée, puisque le bilan de la BNS dépasse désormais les 100% du PIB annuel. Toutefois, beaucoup d’économistes jugent que la solvabilité des banques centrales n’est pas importante, dans la mesure où elles peuvent constituer des réserves et/ou créer de la monnaie pour couvrir les pertes.

Cela implique néanmoins la promesse d’accroître la masse monétaire sans restriction. Or, la stabilité financière reste préoccupante face à la hausse des prix des actifs, ce qui rend la BNS plutôt hésitante à s’engager sur un tel chemin, notamment en raison de la structure plutôt inhabituelle de son actionnariat (70% du capital détenu par les cantons et les banques cantonales, le reste aux mains de 2250 investisseurs privés). 

A l’avant-garde

L’hélicoptère monétaire est perçu comme une politique macroéconomique de dernier recours et n’a jamais été utilisé dans les pays développés depuis 1945. Plusieurs définitions existent, le point commun étant que cela implique l’augmentation du déficit budgétaire, qui est financé par une hausse permanente de la monnaie Banque centrale (base monétaire) et non par l’émission de nouvelles obligations d’Etat. Bien que l’argent ne soit pas littéralement jeté du ciel, l’effet économique est le même.

Le postulat est le suivant: la politique fiscale ne vise pas la viabilité de la dette mais est utilisée comme un outil de la politique monétaire pour atteindre les objectifs d’inflation. Il ne fait pas de doute que la mesure porterait ses fruits sur le niveau des prix et la valeur du franc si tant est qu’elle était poursuivie avec suffisamment de détermination. Un gouvernement promettant d’augmenter ses dépenses publiques en monétisant l’ensemble de sa dette peut assurément générer de l’inflation. Les prix évoluant à la hausse et le taux d’intérêt réel étant réduit, le taux de change chuterait.

Le référendum sur le revenu inconditionnel de base, malgré son rejet, apporte la pièce finale du puzzle. A l’heure où les mécanismes monétaires sont rouillés, la combinaison avec la politique fiscale peut être la solution. Si le prochain référendum réussit à recadrer la proposition comme étant le moyen de sauver l’économie suisse en affaiblissant le franc et en augmentant l’inflation et non plus seulement comme une mesure sociale, peut-être que les soutiens seront plus nombreux. La Suisse serait alors à l’avant-garde dans l’association des politiques monétaires et fiscales. 

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