Koppel Peter

COFONDATEUR DU FORUM PME/KMU

Dans les années 80, Peter Köppel est chargé de cours en littérature française et comparée à l’Université de Zurich. Après une formation en analyse politique internationale, il devient consultant en entreprise à Saint-Gall. Il participe également à la rédaction du Livre blanc de David de Pury. En 1996, Peter fonde une agence de communication à Zurich. En 2009, il est l’initiateur et le coorganisateur du Forum PME/KMU pour le rapprochement alémanico-romand dans l'économie.

L'anglais langue officielle - la capitulation culturelle

Il faut être reconnaissant à Fathi Derder de proposer l‘anglais comme langue officielle de la Suisse. Car il ne veut pas seulement faciliter la vie à des managers étrangers de passage et peu enclins à apprendre une de nos langues nationales, mais permettre à nous autres Helvètes de mieux faire le pont entre nos régions, tellement la bataille du „chacune et chacun dans sa propre langue“ semble déjà perdue.

Tant que le français était une langue de portée mondiale, les Alémaniques au moins s‘évertuaient à l‘apprendre convenablement, tandis que les Romands n‘étaient jamais très zélés à apprendre l‘allemand, langue d‘importance régionale seulement. Aujourd‘hui, le français étant à ce même niveau, les Alémaniques s‘en désintéressent naturellement.

Le diktat en matière de formation me semble incontournable, mais c‘est un pis-aller, et il  n‘y changera rien à la longue. Depuis des dizaines d‘années déjà, en matière de langues, les élèves alémaniques et leurs parents suivent leurs intérêts immédiats, et ceux-là les orientent plutôt vers l‘anglais. De iure, l‘enseignement du français est toujours à un niveau excellent en Suisse alémanique, malgré quelques réductions des programmes, mais de facto, cela revient à l‘apprentissage d‘une langue peu utile aux yeux des élèves.

Blasphème? Quels sont alors, s‘il vous plaît, les contacts qu‘un Alémanique moyen a aujourd‘hui avec la Suisse romande, voire la France? Quelle est la présence de la région francophone en Suisse alémanique? 

Cette présence est nulle.

Il en fut tout autrement dans ma jeunesse, ce qui m‘a incité à faire des études de français, à enseigner cette langue pendant dix ans au gymnase, à devenir privat-docent de littérature comparée et française. Mais l‘intérêt mutuel pour les autres régions et leurs langues s‘en est allé en Suisse. La Berne fédérale s‘y trompe encore volontiers, car là, les représentants de nos régions se côtoient régulièrement, du moins durant les sessions des chambres. Mirages trompeurs d‘ambiances et de compétences d‘un autre temps. 

La preuve? Presque tous les organes de presse romands du premier plan sont depuis quelque temps dans les mains d‘éditeurs alémaniques. Or, toutes les tentatives, très timides, il est vrai, de coopération au niveau des contenus ont échoué. Là aussi, ce fut la capitulation devant l‘évidence du désamour régional helvétique.

A l‘heure où les adhérents du plurilinguisme alémaniques les plus fervents se mettent à baisser les bras, où il ne reste quasiment que des linguistes romands à batailler, les cantons romands auraient grand intérêt à lancer une campagne de présence conçue pour le long terme en Suisse alémanique. L‘initiative parlementaire de Fathi Derder devrait les réveiller et les inciter à faire un effort. Car si les populations vont dans le sens de la dérive, les institutions suivront.

Plus européenne que l‘Europe jusqu‘ici en matière de langues, la Suisse est en train de perdre ce dernier atout culturel et moral face à des voisins consternés par son isolationnisme obstiné. 

 

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