Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

L’amour est dans la province

C’est la rentrée. Les vacances s’invitent dans les conversations. Où sont partis vos amis cet été? Les mêmes destinations reviennent en boucle. Bretagne, Sud-Ouest, Toscane, les Pouilles, Côte d’Azur, Corse ou Sicile... Souvent surgit aussi la redécouverte de la Suisse. Ces coins de paradis dans le Jura, autour du lac de Thoune ou dans les Grisons, auxquels on n’avait jamais pensé.

Sans vouloir généraliser, notre horizon estival semble s’être rétréci à la Suisse, la France, le sud de l’Espagne et l’Italie, ce que confirme un sondage du TCS. La France vient de passer le record de 85 millions de visiteurs. L’Espagne aussi connaît des afflux record. Les récits, à teneur peu exotique, évoquent parfois les bouchons, parfois les soucis de bagages, mais sont généralement empreints de paix et de sérénité. Précisément: la paix. 

Un véritable «printemps touristique»

Jamais la géopolitique n’avait autant affecté le choix des séjours estivaux des Européens. Le pourtour de la Méditerranée est sinistré. C’est une cassure historique. Pour choisir ses vacances, il faut regarder CNN plutôt que les dépliants touristiques. En l’espace de trois ans, survoler la Méditerranée vers des destinations autrefois festives s’est mué en potentiel cauchemar.

Les attentats en Tunisie, le chaos en Libye, l’Algérie peu hospitalière, le Maroc (injustement) affecté par la dégradation du climat sécuritaire général, les tensions en Egypte et dans le Sinaï ont fait voler en éclats le concept brasseur de populations et de cultures que fut, depuis l’Antiquité, le «bassin méditerranéen».

Plus loin, la Turquie en proie à des attentats et aux prises avec l’Etat islamique se fait antitouristique; peu d’estivants se risqueraient au Liban, au bord de la guerre civile. Et que dire de cette Syrie, au croisement entre la Méditerranée et l’océan Indien, entre la mer Noire et le Nil, berceau historique de la chrétienté et des plus anciennes civilisations, renfermant les vestiges des cités mésopotamiennes et des citadelles croisées, témoin historique de la circulation des hommes, des idées et des croyances à travers les siècles, devenue le théâtre de toutes les horreurs? Même la Grèce, qui avait profité jusqu’à ce printemps de ses prix avantageux, a vu un coup de frein depuis que les tensions entre l’Eurogroupe et Syriza ont pris le pas sur ses îles et ses temples. 

La fin de la grande mobilité des vacanciers impose un repli sur soi dans le voyage comme dans le discours, aussi frappant que compréhensible. Privilégier les destinations européennes, leurs musées, leurs églises, leurs forts, leurs marinas, leurs montagnes, leurs grottes, leurs vignobles est certes très enrichissant, mais influence profondément la manière de voir le reste du monde.

L’ethnocentrisme guette. Le provincialisme est palpable. Le désintérêt de ces cultures aussi, et l’oubli de notre histoire. La façon la plus personnelle d’apprécier le monde est de s’en imprégner. Rien ne peut remplacer les voyages à cet égard. L’opinion ne se soucie vraiment que de ce qu’elle connaît. La rupture obligée nourrit l’indifférence.

A la dislocation méditerranéenne s’ajoute la détérioration brutale d’autres destinations aimées des Européens. La Thaïlande, depuis l’attentat de Bangkok, fait beaucoup moins rêver. L’archipel des Maldives, eldorado sous-marin évocateur de lunes de miel, s’est mué en dictature infernale sous les cocotiers. Certes, les chiffres du tourisme mondial sont en hausse malgré tout. Mais cela tient en bonne partie aux 107 millions de Chinois qui se déplacent chaque année. Eux deviendront un peu moins ethnocentriques; nous sommes condamnés à le devenir un peu plus. Au moins on le sait.

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