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MARKETEUR À L'ÈRE DU CLIENT CONNECTÉ

Blaise Reymondin a cofondé en 2004 l'une des premières agences spécialisées dans le web marchand. Aujourd'hui conseiller indépendant en marketing digital, il aide ses clients à comprendre les enjeux de la transformation digitale et tirer profit de l'Internet. A 46 ans, Blaise a collaboré avec plusieurs centaines d'entreprises et tissé des liens avec de nombreux dirigeants.

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L'affaire NSA sème le doute sur la protection des données

Chaque jour, la National Security Agency (NSA) intercepterait et consignerait 1,7 milliard d'appels téléphoniques, e-mails et autres communications électroniques. Pour répondre à son appétit croissant, elle construit actuellement dans l'Utah un nouveau data center à la capacité démesurée de cinq milliards de terabytes, soit l'équivalent de cinq fois les données transitant sur l'internet pendant une année. Et pour traiter cet amas d'informations et cracker les codes, elle dispose des plus puissants superordinateurs de la planète.

Après la récente mise au grand jour du programme de surveillance PRISM par le sous-traitant de la NSA Edward Snowden, je m'interroge comme simple citoyen connecté et aussi pour les entreprises que je côtoie.

Données personnelles: le coût du « tout gratuit »

Les géants du web exploitent un nouveau pétrole numérique constitué par nos données, à des fins marketing. À l'instar de Pierre Chappaz dans son billet « menaces sur nos libertés », je ne m'en offusque pas et préfère qu'on me propose des bannières publicitaires pour mes dernières chaussures de running que pour des talons aiguilles. N'oublions pas que l'apparence du tout gratuit sur le net ne signifie pas qu'il n'y a pas de modèle d'affaires. Pour reprendre l'aphorisme connu: « lorsque ce n'est pas payant sur Internet, le produit c'est nous ! »

Mais de là à me retrouver fiché et virtuellement disséqué par des agences gouvernementales, ce n'est pas un prix acceptable. Scandalisé je le suis, mais surpris il faudrait être naïf pour l'être alors que les États-Unis nous resservent leurs justifications antiterroristes à toutes les sauces depuis le 11 septembre 2001. Leur dessein d'agréger un maximum de données possibles pour anticiper les menaces par des alertes de sécurité apparaît dès lors gros comme une maison (blanche).

Contrairement à l'époque de la Stasi, les ressources humaines ne sont plus un frein à la récolte et l'analyse des données, qui même protégées sont rendues accessibles par l'interconnexion globalisée des systèmes et le déchiffrage par des supercomputers. Et au coeur de ces machines, les modèles analytiques s'affinent chaque jour pour déceler la moindre aiguille menaçante dans une montagne de foin. Ce Big Data représente un véritable capital stratégique, dont seules les évolutions futures permettront d'ailleurs d'en percer tous les secrets.

Quels risques pour nos entreprises ?

Mais le nerf de la guerre ne se situe-t-il pas d'abord sur le plan de l'intelligence économique, en tête des intérêts nationaux ? Si l'on peut gentiment s'indigner contre l'intrusion dans nos sphères personnelles, quels sont les risques de concurrence déloyale encourus par l'écoute de données industrielles ?

Les grandes sociétés sont pourtant plutôt paranos en ce qui concerne leur sécurité informatique: restrictions sur l'usage de clés USB et de CDs, protections antivirus, processus d'accès aux données, sensibilisation des collaborateurs, firewall, VPN, etc. La liste est longue... Mais d'un autre côté, elles investissent principalement dans des systèmes IT propriétaires, presque toujours made in USA, et aussi plus récemment dans le Cloud Computing. Faudrait-il s'en inquiéter ?

L'angoisse de la porte de derrière

En 1999, bien avant l'informatique dans le nuage, la rumeur courait déjà sur l'existence d'une porte secrète (backdoor) sur les serveurs de Microsoft, à l'usage de la NSA. Depuis, les révélations d'Edward Snowden dévoilent des méthodes encore plus radicales: « nous piratons les systèmes centraux des réseaux comme d'énormes routeurs internet, en général qui nous donnent accès aux communications de centaines de milliers d'ordinateurs sans avoir à pirater chacun d'entre eux ».

Si le cloud est à l'heure actuelle pointé du doigt, son point fort est paradoxalement sa sécurité; en effet, une entreprise classique ne pourra jamais rivaliser avec les centaines de spécialistes dédiés chez Google, Microsoft, Salesforce et consorts. Peut-on cependant considérer l'informatique dématérialisée comme sûre pour ses données ? Je le souhaiterais... sauf que plane désormais un doute troublant sur cette fameuse « porte dérobée ». Alors, si les majors du cloud US n'ont pas de moyens pour rassurer, ces récentes affaires pourraient bien profiter à des acteurs plus près de chez nous, comme Swisscom ou ContactOffice.

 

 

A lire aussi: « Big data: nous, les données », par Fabrice Delaye.

 

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