Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Kindergarten Market

Cela fait un moment que je pense que la finance, le monde de la finance et/ou les marchés financiers sont incapables de penser plus loin que la fin de la journée en cours. Mais hier, nous avons eu la démonstration que même une simple séance de bourse est déjà considérée comme un investissement long terme.

Hier matin, la Chine s’est repris une baffe de 6%, mais à ce moment on s’en fichait pas mal, parce qu’en Occident on était déjà en mode rebond. Tout d’abord, on avait tous repéré la volatilité qui était remontée à des niveaux que nous n’avions plus vus depuis 2008 et l’on avait déjà commencé à se dire que l’on avait (peut-être) déjà vu les plus bas des mois à venir. Les futures étaient indiqués fortement en hausse un peu partout en Europe et aux USA.

À cet exact moment de la journée, on pouvait se dire que le pire était derrière nous. On pouvait presque déjà commencer à parler de « V-shape recovery », ce genre de renversement de tendance que l’on voit de temps en temps sur les marchés, après une tôle massive comme celle de lundi. Un renversement de tendance comme nous avions déjà vécu en octobre 2014, là où nous pensions tous que l’on ne se relèverait pas, déjà en ce temps-là.

Et puis, le reste de la journée s’est donc déroulé comme un plan doit se dérouler : sans accroc. Durant la matinée, après leur 6% de baisse, les Chinois ont annoncé qu’ils baissaient les taux, ce qui redonnait un second souffle à la hausse déjà bien entamée en Europe. En fin de séance, nous nagions dans une douce euphorie qui transformait la baisse de lundi en une ÉVIDENTE opportunité d’achat… Quoi qu’il en soit, de par sa position géographique sur la planète et à cause de l’ordre des fuseaux horaires, l’Europe aura eu la chance de terminer en hausse, d’avoir une vraie journée de rebond et de ne pas s’être laissée étouffer par les doutes qui sont venus plus tard dans la journée.

Les USA étaient un peu plus timorés dans leur rebond, même si cela n’en restait pas moins spectaculaire. C’est surtout le sentiment que la peur se dissipait et le fait que l’on ressentait à nouveau l’impression que tout allait bien se passer.

Durant la séance, il y a eu deux ou trois chiffres économiques, mais pour être franc, actuellement, les chiffres économiques, en termes de préoccupation, viennent loin derrière la performance live de l’indice chinois.

Relancer l'économie chinoise 

Et puis, alors que l’on pensait que tout allait bien se passer, et que Goldman Sachs publiait un rapport qui expliquait qu’il y avait peu de chance de voir les USA retomber en récession, nous avons commencé à utiliser le conditionnel.

« Et si la Chine continuait à baisser ? »

« Et si les mesures prises par le Gouvernement Chinois ne suffisait pas à relancer l’économie et la croissance en Chine ? »

« Et si la volatilité était de retour pour durer ? »

« Et si la baisse n’était pas terminée ? »

« Et si l’on inventait une machine pour aller dans le futur pour savoir ce que va faire le marché ? »…

Pour faire simple on a commencé à se poser des questions. Un peu trop de questions. Bon, pour notre défense, il fallait tout de même reconnaître que ça faisait 4 heures que nous avions fait les emplettes et que cela commençait à ressembler furieusement à de l’investissement long terme.

Avec un peu trop de questions dans la tête. Des questions sans réponse, puisque quoique veuille bien faire le Gouvernement Chinois, on ne relance pas une économie de 1.3 milliard de consommateurs comme on pousse un vélomoteur pour le faire démarrer. Il paraît évident que les réponses, si nous devons en avoir, vont prendre un peu de temps pour arriver sur nos écrans. Il n’y a pas de bouton on/off pour relancer la croissance d’un pays.

Rebond avorté

On aurait pu penser qu’avec l’expérience, on aurait commencé à comprendre, mais c’était visiblement trop d’informations à rentrer dans la tête des intervenants en aussi peu de temps.

Donc, à une heure de la clôture, on a commencé à douter et à vendre. Effet boule de neige aidant, le tout saupoudré par aucune conviction et pas une once de courage, le marché US est repassé dans le rouge et terminait la séance au plus bas.

Ce retournement de tendance violent, et en quelques minutes, a immédiatement changé l’image médiatique que l’on pouvait avoir du marché.

Les commentateurs boursiers qui étaient en mode « V-Shape Recovery »,  « rebond » et « je vous l’avais dit que ça allait remonter », ont soudainement tourné la veste, tel le politicien d’élite… Et nous sommes passés à « courage fuyons », et après la clôture, la phrase qui faisait fureur était «houlà-là, c’est moche ce rebond qui a été avorté »…

En conclusion : le scénario du recovery à la mode « octobre 2014 » est soudainement compromis. Et même si certaines valeurs ont perdu 30% en quelques semaines, voire en quelques jours, les courageux investisseurs ont le trouillomètre à zéro et ont besoin de recevoir des garanties avant de revenir « pour de vrai », et pour plus 12 minutes dans le marché.

Le pétrole a également tenté un rebond, mais ne parvient toujours pas à repasser au-dessus des 40$. Ce matin, le baril s’échange à 39.53$. L’or est à 1136$ et continue d’être un refuge, même si globalement, il ne fait pas grand-chose.

Ce matin, l’Asie est toujours très volatile, mais après pas mal d’hésitations et de circonvolutions, le Nikkei, le Hang Seng et l’indice chinois sont finalement en hausse et unanimement en hausse. On aimerait bien que ça dure, mais avec les Chinois en ce moment, on est tous conscients que tout peut arriver et en quelques secondes.

Investir: pile ou face 

Dans les nouvelles du jour, on passe surtout notre temps à commenter ce qui se passe. Il y a distinctement deux camps qui s’affrontent.

Le premier estime qu’il est absolument débile de laisser passer l’occasion d’acheter des valeurs qui se sont faites littéralement massacrées ces derniers jours. On peut citer vrac: Apple, Amazon ou encore NetFlix, et il y en a bien d’autres.

Et le second pense que ce n’est que la première jambe de la baisse et ça va continuer: la Chine va s’effondrer et nous sommes au début d’une crise économique et financière mondiale sans précédent, et la fin du monde est proche.

Je dois dire qu’il y a peu de monde dans la demi-mesure, c’est soit il faut vendre les bijoux de la grand-mère ET la grand-mère pour acheter du Netflix, ou alors on va tous y rester.

On trouve aussi masse de commentaires qui prennent des paris en annonçant, pour certains, que la hausse des taux se fera tout de même en septembre, d’autres parient sur décembre, et d’autres encore pensent que tout est foutu et qu’on va y rester de toutes manières.

En résumé, et une fois encore, la meilleure stratégie d’investissement que je connaisse dans ce genre de situation, c’est celle du pile ou face. Autrement on retiendra que le Hedge Fund Manager Ray Dalio prône le retour du QE aux USA – bien qu’en Europe, il ne semble pas servir à grand-chose. Bien sûr, on n’en parle plus.

Le Barron’s est en mode shopping, il donne des noms qu’il faut acheter au milieu de la tempête: Apple est le premier, mais il y a aussi BlackRock et bien d’autres. Pour le reste, on va attendre de voir si la plongée de dernière heure hier soir était une erreur et si l’on va galoper derrière à nouveau cette après-midi, ou pas. En attendant, Shanghai sera probablement le juge de paix de la journée. Si la Chine termine en hausse ce matin, il y a un peu d’espoir que l’on confirme le rebond en Europe et que les Américains s’y remettent cette après-midi.

Pour ce qui est des chiffres économiques, nous aurons la consommation en Suisse, les nouvelles demandes d’hypothèques, les Durable Goods et les inventaires du pétrole version EIA.

Pour le moment les futures sont en hausse de 1.6%. Le rebond semble continuer en Europe, prions pour que la Chine ne nous lâche pas. L’Euro/$ est à 1.1492, le yen vaut 119.72, le rendement du 10 ans américain est de 2.10%, le Bitcoin s’échange à 220$ et l’Euro/BNS est  à 1.0851.

Malgré l’ambiance de rentrée scolaire type « classes enfantines » qui règne sur le marché, nous allons continuer de suivre tout ça de manière attentive, en espérant que l’on revienne au calme et à la raison ces prochaines semaines. En tous les cas, moi qui ai passé mon été à me plaindre du manque de volatilité, me voilà servi.

Il me reste à vous souhaiter une belle journée, en ce qui me concerne, je vais aller m’injecter un litre de café et je vous retrouve demain au même endroit et à la même heure !!!

Thomas Veillet

Investir.ch                           

1929 “Wave after wave of selling again moved down prices on the Stock Exchange today and billions of dollars were clipped from values. “Traders surged about brokerage offices watching their holdings wiped out.... It was one of the worst breaks in history.... “For a time, in the morning, the market was showing signs of rallying power.... Then new waves of selling out of poorly margined accounts started another reaction...” Minneapolis Star account of “Black Tuesday” (October 29, 1929), when the stock market “collapsed”: panic selling took place, with owners of stock wanting to sell, no matter how great their loss.

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