Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

JUSTICE/Quatre ans de prison requis contre Guy Wildenstein à Paris

Crédits: AFP

Les enfants n'auraient pas dû. Si Sylvia Roth, la veuve du marchand d'art Daniel Wildenstein, n'avait pas aveuglément signé les papiers la dépouillant de son héritage à la mort de son mari en 2001, il n'y aurait jamais eu d'affaires Wildenstein en cascade. Fauchée mais pugnace, la dame a trouvé une avocate aussi teigneuse qu'il le fallait en la personne de Claude Dumont-Beghi (1). Elle s'est passionnée pour le dossier. Les deux femmes entendaient faire tomber la tribu. C'est aujourd'hui chose presque consommée. Après Bercy, qui a condamné les héritiers à un redressement fiscal de 556 millions d'euros, voici le pénal. La procureure Monica d'Onofrio a requis le 20 octobre quatre ans de prison, dont deux fermes, contre Guy Wildenstein, 71 ans. Plus diverses peines contre les autres acteurs des trusts et sociétés écrans obscurcissant un peu partout dans le monde les sociétés pilotées par les Wildenstein. Verdict le 12 janvier. 

Dire qu'il s'est déballé du (beau) linge sale devant la cour correctionnelle de Paris durant un mois (après un premier procès suspendu en janvier 2016) tient de l'euphémisme. Il faut dire qu'à l'affaire initiale, bien racontée par la journaliste Magali Serre dans «Les Wildenstein» (Lattès, 2013), se sont ajoutées bien des choses. Il y a eu la succession d'Anne-Marie Rouart, dont une partie de la fabuleuse collection d'impressionnistes (la spécialité des Wildenstein) a disparu dans la nature. Celle de Julie Goujon, dont des tableaux de la même époque se sont également évaporés. Plus le reste. Une montagne de millions (la famille pèserait entre 5 et 10 milliards de dollars) aux statuts flous, déclarés nulle part. Et un monde d'avocats qui plaira à tous ceux qui se méfient de cette profession, surtout dans le domaine économique.

Une forme de vengeance 

Sylvia Wildenstein est morte en novembre 2010. Elle se savait condamnée par un cancer. La malade avait du coup refusé tout arrangement. Elle laissait volontairement pourrir la situation qu'elle avait créée. Il est fort possible que les peines pénales réclamées aujourd'hui ne soient pas prononcées. Les avocats ont présenté à Paris les Wildenstein comme de pauvres agneaux tout blancs, en bute aux tracasseries d'un gouvernement de gauche. Ce qui est cependant sûr, c'est que le nom familial se retrouve terni et que les galeries Wildenstein s'en relèveront difficilement. Sans parler des ennuis que la veuve aura eu la joie de faire subir à ses beaux-fils détestés (Alec Wildenstein étant décédé en 2008), dont l'inévitable perquisition au port Franc genevois. Il n'y a pas que l'argent dans la vie. 

Une affaire à suivre. Rendez-vous le 12 janvier.

(1) L'avocate en question a aussi écrit deux livres sur les Wildenstein, parus chez Archipel.

Photo (AFP): Guy Wildenstein, le grand accusé. Après le  civil, le pénal.

Texte intercalaire.

 

 

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