2017 Portraits Julien Ld 1

L'organisologue

Julien Gueniat est le fondateur de l’Organisologie et l’auteur du livre «2h chrono pour mieux m’organiser». Il aide les entrepreneurs et les dirigeants à organiser l’essentiel pour avancer rapidement sur leurs projets sans se tuer au travail.

Oui = Non (et comment dire non sans passer pour un salaud?)

Oser dire non

Voici ce qu'elle m'a écrit:

"Je dis trop souvent oui et je me retrouve à ne pas tenir mes engagements, je m'éparpille et mes projets personnels n'avancent pas."

Et des messages de ce genre, j’en reçois des dizaines tous les mois via le sondage sur mon blog.

Dans les lignes qui suivent je vous dévoile ma formule pour dire non plus facilement sans passer pour un salaud. 

Avant cela, une histoire personnelle:

Il y a quelques mois j’ai quitté la suisse.

J’ai créé ma boîte et je me suis mis à voyager tout en augmentant la visibilité de mon blog Organisologie.com.

Pour soutenir cette stratégie, j'ai acquis des compétences et je me suis entouré de gens qui connaissaient mes problématiques et mes défis.

Ainsi j’ai vécu plusieurs semaines dans la Hustler Villa de Thomas, à Bali.

J'ai rencontré des types qui généraient beaucoup d'argent avec leur cerveau, leur ordinateur et une noix de coco comme breuvage « magique". 

J'étais dans l'environnement qu'il me fallait. Mais...

Au fil des rencontres et des échanges, je me suis retrouvé avec une multitude d’idées alléchantes:

Mieux que des idées, des entrepreneurs générant de rondelettes sommes me parlaient d'OPPORTUNITÉS. Quelques mois et ces techniques seraient obsolètes.

En plus des idées applicables à mon blog, je me suis retrouvé avec des idées me permettant de diversifier mes revenus en créant d'autres produits sur d'autres marchés. 

Ainsi, à Bali, j'ai appris à (vraiment) dire non. 
Et ce n’était pas facile
sans la formule que je partage un peu plus bas.

Maintenant que vous en savez plus sur le contexte qui m’a appris à dire non, voici pourquoi vous devez être radin sur vos OUI.

Chaque oui équivaut à un non.

Quand je dis non à une stratégie Instagram, je conserve mes ressources sur d'autres OUI qui fonctionnent très bien. Mieux encore, je conserve des ressources pour des opportunités futures.

Pensez-y: la personne que vous êtes aujourd'hui est le résultat de vos OUI et de vos NON.
De vos actions et de vos non-actions. Dans les deux cas, ce sont des décisions.

La décision de faire et la décision de ne pas faire.
Oui et non.

Mais, mais…. Aide ton prochain et le ciel t’aidera non?

Dans notre société il est mal vu de dire non. En Asie aussi d’ailleurs. C'est même pire. 
Mais il ne faut pas confondre oser dire non plus souvent et être un égoïste. Pourquoi?

J’aime aider les gens et partager mes découvertes, mais je suis conscient que pour pouvoir correctement aider quelqu’un, je dois avoir des ressources à ma disposition.

Quoi de pire qu’une personne qui vous dit OUI et qui au final ne tient pas son engagement ?

Ceci était dit, revenons à mon hypothèse: oui = non.

Quand je dis oui à une série Netflix:

  • Je dis non à une heure de sommeil en plus. 
  • Ou une heure de sport. 
  • Ou une heure de lecture. 

Et parce que nos journées sont limitées à 24h, c'est mathématique: chaque oui fait passer à la trappe une activité. Et une activité nécessite un certain montant de ressources pour être utile. En dessous d'un certain niveau les effets sont invisibles.

  • Quand Paul dit oui à une soirée arrosée, il dit OUI un dimanche recroquevillé dans son lit, avec la petite bassine à côté du lit "juste au cas où" (qu'il ne postera pas sur Instagram...). 
  • Et Paul dit surtout NON à sa session du sport du dimanche. Ainsi chaque décision comporte des conséquences de premier niveau, de deuxième niveau et ainsi de suite. 

Mais le pire est à venir:

Le plus pénible: les oui à demi teinte qui frustrent.

De quoi je parle?

  • Des engagements que l'on prend trop rapidement et que l'on regrette presque sur le coup. 
  • Des oui par défaut. 
  • Des oui qui remplacent l'absence de courage.

Plus je prends d'engagements, plus je dilue mon énergie (dans le meilleur des cas) et moins j’avance sur mes objectifs. 

Dans le pire cas, je n'arrive pas à tenir mes engagements et je déçois soit mon entourage, soit mon estime, voire les deux.

Qu’ai-je découvert dans ma quête du NON qui m’aurait fait économiser beaucoup de ressources si je l’avais su plus tôt?

Le troc magique (pour dire non plus souvent).

Pour dire non plus souvent, il est important de voir le non comme un troc. 

Je troque une appréciation sociale immédiate pour du respect long terme.

Quand je dis non à une bière, je peux décevoir la personne qui m'offre cette bière.
Mais sur le long terme, mon respect (que j'ai envers mes engagements et que certains ont vis-à-vis de moi) augmente.

  • Car beaucoup aimerait dire non plus souvent.
  • Beaucoup aimeraient pouvoir dire non à leurs amis, à leurs collègues voir même… à leurs clients.

En somme, dire non est un acte courageux.
Un pied de nez à notre primate qui devait survivre avec les autres (en disant oui).

Ainsi nous y voilà: 

Comment dire non aux autres (sans passer pour un salaud)?

Je me souviens d'un exercice lors de mon paiement de galon de commandant de compagnie dans les troupes de sauvetage. Je me suis retrouvé face au commandant civil de l'intervention.

Et à un moment, il me dit "Pouvez-vous répondre à ma demande favorablement?". Je le regarde et là je lui dis "non".

Mon instructeur et mentor commençait à faire de petits bons nerveux dans le fond de la pièce.
Et lors du débriefing il a été très clair: NE DITES JAMAIS NON à un supérieur.

La leçon que j'ai apprise est la suivante:

Dire non ne nécessite pas d'utiliser le mot NON. 

Et ce n’est pas un cours de langue de bois que vous vous apprêtez à découvrir (je laisse cela aux politiciens).

Ce que j’ai appris, c’est que je peux partager ma limite avec (plus ou moins) de subtilité. 

Par exemple avec un supérieur / un client, je peux lui demander quel projet / quelle tâche je vais mettre en attente pour traiter sa nouvelle demande urgente, qu’il me demande de réaliser.

Je le mets face à une réalité: ses subordonnés ont des limites.

Pour un ami qui me demande de déménager... je peux lui dire: 

"Arf, désolé, ce week-end j’ai un mariage (ou autre raison réelle), cela ne va pas être possible, mais je peux te mettre à disposition mon véhicule utilitaire ou mon pre-workout (breuvage chimique consommé avant un entraînement intensif pour être plus endurant et plus fort)."

Pour un collègue, j’utilise la technique de l’agenda " Laisse-moi voir mon agenda et revenir vers toi ". Ainsi vous temporisez votre réponse et vous prenez une décision hors pression sociale.

Pour mes lecteurs, je laisse un email automatique indiquant que je suis en train d'écrire mon deuxième livre. Ainsi ils savent que je traite leurs emails une fois par semaine.

Dire non aux autres est un enfer pour certaines personnes… alors que pour d’autres, l’enfer c’est se dire non à soi-même.

C’est le cas pour ceux qui ont du temps et des ressources. C’est le cas de certains entrepreneurs que j’ai croisé, ils ont beaucoup d’idées à tester, mais ils ne savent pas dire non. Et ils se dispersent.

Comment se dire non sans culpabiliser?

Dans un monde qui nous soumet à de plus en plus d'options, se dire non fait peur.

  • Est-ce que je fais juste? 
  • Est-ce que j'ai raison de laisser passer cette opportunité? 
  • Est-ce que j'ai raison de quitter les réseaux sociaux? 
  • Est-ce que je devrais refuser cette réunion? 

Et cela nous paralyse. À ce sujet, je vous recommande une intervention intéressante de Barry Schwartz intitulée The paradoxe of choice.

Pour parvenir à se dire non, je vais partager la formule que j’ai découverte et utilisée à Bali. Cette formule est composée de deux techniques. Première technique, il s'agit de la matrice de l’essentialiste (qui provient du livre Essentialism de Greg McKeown)

Cette matrice s’utilise face à chaque décision importante (on ne parle pas ici d'aller ou non manger un steak avec des amis le samedi soir).

La matrice de l'essentialiste se décompose en 3 niveaux. 

  • Le premier niveau permet d’inscrire l’opportunité qui se présente à vous.
  • Le deuxième niveau concerne les critères d’entrée obligatoires que doit avoir votre opportunité. Si l'opportunité ne complète pas ces 3 critères, celle-ci est rejetée et ne passe pas au niveau suivant.
  • Le troisième niveau concerne les 3 critères impératifs de validation que votre opportunité peut combler. Pour qu'une opportunité puisse être acceptée, il faut qu'au moins 2 des 3 critères du troisième niveau soient comblés par l'opportunité.

Maintenant, vous pouvez avoir une matrice pour différent aspect de votre vie, mais pour ma part je m'arrête aux opportunités professionnelles (celles qui me permettent de gagner de l'argent). 

Et pour toutes les autres décisions, je garde à l’esprit que chaque oui équivaut à un non. Un autre truc qui m’aide, je visualise ma journée, mes semaines et mes mois sous la forme de cercle. Et chaque fois que je dis oui, je me dis mentalement « qu’est-ce qui va passer à la trappe? »

Les NON les plus difficiles concernent ceux qui permettent d’avoir une récompense immédiate au profil d’une récompense plus lointaine et incertaine. Dans ce cas, se remémorer ce que l'on poursuit est utile.

Parfois, vous serez face à une opportunité qui ne complète aucun critère et vous lui direz oui.

Parce qu'au final on ne prend pas des décisions avec notre raison, mais avec nos émotions. 

Nous utilisons ensuite notre raison pour nous raconter des histoires et rationaliser notre décision émotionnelle ;-) ce qui nous amène à la deuxième technique.

C'est technique je l'ai découverte sur le blog de Mark Manson dans son article FUCK YES or NO.

Il est difficile de traduire FUCK YES en bon français, mais je pourrais définir ceci par un OUI ENTHOUSIASTE. Ce n'est pas un oui mitigé. c'est un « OUI À FOND!!!!!!" 

Ceci étant dit, si vous êtes face à un choix qui ne génère aucun fuck yes, alors c'est un non.
Cette manière de prendre des décisions permet d'éviter de se retrouver avec trop de oui mitigés.

Cette manière de prendre des décisions me facilite la vie.

Prenons l'exemple d'un NON récent. 

Après avoir mangé avec des potes, une amie me propose de continuer la soirée sur un bar de la plage.

Et je ne réponds pas tout de suite (je temporise). Dans ma tête je sais que dire oui à cet instant signifie dire non à une journée productive. Je ne pourrais pas facilement me lever à 6h et à ce moment j'étais en train de lancer la formation Workflowy Master. 

Je pesais le pour et le contre... ce n'était pas un FUCK YES. Et si vous êtes en train de peser le pour et le contre comme je viens de le retranscrire, alors je peux vous dire ceci: ce n'est pas un FUCK YES. Ce qui m’a amené à modifier la matrice de l’essentialiste (que vous pouvez télécharger ici).

Afin qu’elle intègre cette composante émotionnelle j’ai rajouté un niveau. 

  • Premier niveau: l’opportunité
  • Deuxième niveau: FUCK YES?
  • Troisième niveau: 3 critères d’entrée (obligatoires)
  • Quatrième niveau: 3 critères importants (deux sur trois doivent être complétés).

Ainsi pour revenir à mon histoire, j'ai refusé la proposition parce que j'avais un "FUCK YES" plus important: dormir et me lever tôt pour écrire.

Ce qui nous amène au dernier point de ce billet: 

Vos OUI vous appartiennent. 

Mon choix peut paraître insensé pour certains qui ne vivent que pour faire la fête.
Et totalement normal pour un écrivain.

Trop souvent on prend nos décisions en imaginant, ce que les gens imaginent de nous. Ce que les gens feraient à notre place. Ou pire, on agit en fonction de ce qu'on imagine que les gens aimeraient nous voir choisir (promis, ce sera la seule phrase indigeste de

Mais dans un monde d'individualistes, la réalité est différente: les gens n'imaginent plus rien de vous. Les gens pensent à leur propre combat et à leurs abonnés Instagram.

Ainsi, embrassez vos OUI et dites NON plus souvent. 

Qu’allez-vous ressentir dès ce soir en appliquant cette philosophie?

  • Plus de temps et d’énergie pour vous et ce qui compte
  • Plus de clarté au quotidien
  • Plus de respect de la part de votre entourage

Et comme disait Steve Jobs: je suis aussi fier des choses que nous n’avons pas fait que des choses que nous avons fait. L’innovation consiste à dire non à des milliers de choses. 

Ressources pour creuser dans le sujet du non et de la décision:

- Essentialism de Greg Mckeown
- Minimalism: Live a Meaningful Life de Joshua Fields Millburn, Ryan Nicodemus
- The 4 disciplines of execution de Sean Covey, Jim Huling, Chris McChesney
- Le blog de l'Organisologie.


Julien 

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