De Weck Julien

Rédacteur en chef de Bilan

La Chine, un défi majeur pour les démocraties occidentales

Troisième partenaire commercial de notre pays, la Chine contribue assurément à la prospérité helvétique. Mais avec son système autoritaire et sa politique dirigiste, elle représente un défi majeur pour les démocraties occidentales.

La Chine est entrée dans une phase plus agressive de consolidation de sa puissance. Son discours sur la scène internationale s’est durci et toute critique suscite une riposte immédiate. L’ire provoquée par la publication de la stratégie Chine du Conseil fédéral, qui souligne sa volonté de poursuivre un dialogue constructif et critique - y compris en matière de droits humains - n’est qu’un exemple récent illustrant le défi de cohérence posé par le régime de Pékin.

Le multilatéralisme prôné par la Chine n’en a que le nom. Son statut de puissance globale ne s’est pas bâti sur les normes et lois internationales comme en rêvait l’Occident, mais par une intégration sélective, en fonction de ses propres intérêts. Vingt ans après l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, le monde n’a jamais paru autant polarisé.

Plus Pékin gagne en influence économique, plus il se montre ferme et impose ses règles. La récente mise au pas des entreprises chinoises privées rappelle si nécessaire que la Chine demeure une économie dirigée par un parti central.

Repli sur soi

Sur son marché domestique, les fruits de la libéralisation ont été largement cueillis, le rattrapage technologique est achevé et la population chinoise vieillit dangereusement. Ces facteurs, ajoutés à la confrontation avec les Etats-Unis, conduisent inéluctablement à un ralentissement de la croissance chinoise. En lieu et place d’ouverture, Pékin va concentrer ses efforts sur le développement de son marché intérieur pour gagner en autonomie. Et donc renforcer son protectionnisme.

Ce repli sur soi alarme le lobby des entreprises occidentales actives en Chine. Dans une prise de position récente, la Chambre de commerce européenne en Chine s’inquiète ouvertement des objectifs chinois d’accroître l’autonomie, voire d’atteindre l’autosuffisance, dans certains secteurs jugés stratégiques par le régime. En clair, seules les entreprises capables d’apporter une valeur ajoutée à l’économie chinoise auront droit au tapis rouge, les autres peuvent s’attendre à un accès toujours plus restreint à ce vaste marché.

Au regard de l’économie suisse basée sur l’innovation et ses produits de haute qualité, les échanges commerciaux soutenus entre les deux pays vont se poursuivre. Mais la prudence est de mise. L’espionnage économique et l’appropriation technologique sont systémiques.

En Suisse, la loi sur le contrôle des investissements étrangers sera bientôt débattue au Parlement. Le Conseil fédéral s’y oppose, estimant que les infra-structures critiques du pays sont de facto protégées, car en mains publiques. Des voix s’élèvent pourtant afin de considérer les nouvelles technologies, les secteurs stratégiques ou encore les aspects liés à la sécurité nationale dans le cadre d’une évaluation des investissements.

Le rapport Sécurité de la Suisse 2021 du Service de renseignement de la Confédération est à ce titre éclairant. Il rappelle l’approche chinoise consistant à fusionner les domaines civil et militaire. Selon ce même rapport, les biens que la Chine tente d’acquérir en Suisse présentent régulièrement une certaine similitude technique avec les améliorations permanentes des capacités de son armée.

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