Seydoux Jeremy Nb

PRÉSENTATEUR DU GENEVA SHOW

Depuis 2014, Jérémy Seydoux croque chaque vendredi les personnalités politiques à l’antenne sur Léman Bleu. Pied de nez amical au traditionnel Genève à chaud, le Geneva Show passe en revue pendant une heure l’actualité écoulée en compagnie d’acteurs de la société genevoise. Passionné de politique et de nouvelles technologies, Jérémy fait aussi partie de la rédaction de la chaîne qui depuis 2015 réalise ses sujets entièrement au smartphone. Il termine actuellement un bachelor en communication d’entreprise à l’ESM Genève.

Journalisme, indépendance ou rentabilité?

Édito diffusé dans le Geneva Show du 30 septembre 2016

Onde de choc dans la presse romande cette semaine. La Tribune et 24heures biffent 28 postes. Un plan d’économies inédit par son ampleur. Et mon petit doigt me dit que ce n’est qu’une première étape. Paradoxe de notre époque, les groupes de presse font des bénéfices et les titres régionaux doivent dégraisser.

On invoque des baisses de recettes liées à la publicité, soit. On invoque des forces maléfiques venues de l’étranger - Google, Facebook, qui séduisent les publicitaires locaux - soit. Mais le problème vient aussi de chez nous.

Le métier de journaliste est en train de prendre un virage funeste. L’information est devenu un produit commercial. Certains journaux l’assument. D’autres un peu moins. Derrière tout ça, de nombreuses agences de relations publiques qui commercialisent l’information diffusée. Un véritable travail de sape qui nuit à notre démocratie.

Alors qu’avant, publicité et rédactionnel étaient séparés, la frontière est aujourd’hui de plus en plus fine. Je m’explique: normalement, une entreprise qui souhaite communiquer achète de l’espace publicitaire à un journal ou une chaîne. Les revenus servent ensuite à payer les employés du média pour relater l’actualité de manière indépendante. Sauf qu’aujourd’hui, l’espace pub ne suffit plus, les acteurs économiques rétribuent des agences RP pour apparaître dans les articles. Publireportages, mais pas seulement !

Comment est-ce possible? Ces agences nous harcèlent à longueur de journée pour traiter les sujets de leurs clients. Par téléphone, par mail, de véritables parasites de l’information: ils sont insupportables. Leur but: que le journaliste finisse par céder - même d’un iota - et que le sujet soit finalement traité. Ce qu’ils ont à gagner: de l’argent, beaucoup d’argent. Car si le sujet est traité, une marge! Les contrats établis entre les agences et leurs clients peuvent se chiffrer en centaines de milliers de francs par an. Une véritable cash-machine!

Autant d’argent qui pourrait revenir au média, en échange de publicité. Mais bon, je vis probablement dans le monde des bisounours. Après tout, c’est de bonne guerre! Ils font un travail de lobby, ça se fait partout, ce n’est pas nouveau, nous en sommes conscients, mais pas tout le monde ne joue le jeu.

Et un jour, peut-être, le métier de journaliste mourra. Il cessera en tout cas d’exister lorsque la marchandisation dictera son quotidien. Car en tant que journaliste, on n’a de compte à rendre qu’à la vérité. Et jamais, qu’on se le dise, la vérité ne cèdera à la rentabilité.

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