Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Une question de confiance

Une question de confiance

Abstrait, trop abstrait. Souvent entendue de la bouche de ses détracteurs, la valeur du bitcoin ne reposerait sur rien. Qualifiée de monnaie virtuelle, d’actif exclusivement spéculatif, voire de schéma de Ponzi, la cryptomonnaie serait un mode de règlement réservé à une poignée d’illuminés et de trafiquants sur le darknet. Une expérimentation sociale sans avenir, condamnée aux oubliettes de l’ère digitale.

L’argument résiste mal à l’analyse. En premier lieu parce que la monnaie est en elle-même abstraite, une abstraction vieille de 7000 ans quand l’or et l’argent ont commencé à se généraliser dans le bassin méditerranéen pour sortir du troc. Inaltérable, facilement divisible, et avec une masse globale relativement stable (car son extraction est limitée), l’or s’est imposé en tant qu’étalon décentralisé bien avant que les Etats ne battent monnaie et n’en standardisent l’émission. Des caractéristiques qui ont conduit le métal jaune à rester, au fil des millénaires, une valeur refuge et que le bitcoin, système inviolable, distribué et dont seules 21 millions d’unités seront produites dans l’histoire, ne manque pas d’évoquer.

La cryptomonnaie, bien que digitale, n’est pas virtuelle, et c’est probablement le plus difficile à comprendre. A la différence des écritures, la blockchain résout le problème informatique de la double dépense. En clair, je transfère un bitcoin comme je donne un billet de 100 francs. L’opération est sûre et définitive, on ne peut pas revenir dessus et je suis seul responsable de mon porte-monnaie. S’il présente les caractéristiques de l’or en tant que réserve de valeur, le bitcoin s’apparente au cash dans l’exécution des transactions. Ce pourquoi l’image du blanchiment lui colle à la peau.

Comment le lui reprocher cependant, sachant que plus de 50% de la masse monétaire en circulation en francs suisses est constituée des seuls billets de 1000, dont la plupart des citoyens ne voient jamais la couleur? Un fait qui n’empêche pas les Suisses de confirmer, année après année, leur attachement viscéral au cash. De la même façon, comment lui reprocher son usage spéculatif, quand on voit que les transactions annuelles en francs suisses, poussées par le trading haute fréquence et la spéculation sur les marchés financiers, représentent 150 fois le PIB du pays sans que personne ne remette en cause la solidité de la monnaie nationale?

Un consensus indispensable

Pour autant, les facteurs techniques ne sont rien s’ils ne sont pas compris. Car la valeur d’une monnaie réside dans l’adhésion, la constitution d’un consensus au sein d’une communauté. Aussi imparfait soit-il, un stablecoin (lire page 12) adossé au franc ou au dollar bénéficie de ce consensus séculaire préalable autour de la monnaie nationale. En contrepoint, enfant du cygne noir prédit par le spécialiste de l’évaluation des risques Nassim Taleb, le bitcoin a émergé de la crise de confiance traversée par le système financier, bancaire et monétaire en 2008. Son potentiel repose toujours sur sa fragilité actuelle, plus encore à l’heure où les banques centrales se lancent dans une émission monétaire effrénée à la recherche d’une sortie de crise.

Joan Plancaderesponsable de ce supplément consacré aux cryptomonnaies

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