Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Sous les colis, la crise

La combinaison gagnante des expériences physique et digitale en sortira renforcée

Quatre milliards d’êtres humains confinés, l’opportunité est historique pour les tenants d’une économie totalement digitalisée, enfin émancipée des vieux réflexes du monde physique. Boutiques fermées? Qu’à cela ne tienne, les ventes en ligne explosent au point de saturer les canaux de distribution classiques, en premier lieu La Poste qui fait face quotidiennement à une activité de Black Friday avec des effectifs réduits. Une nouvelle typologie d’acheteurs, plus âgés et moins digitalisés, a désormais franchi le pas de la commande sur internet. Des centaines de petits commerçants, restaurateurs et producteurs font leur entrée sur la Toile aux côtés des grands acteurs historiques. Un tournant longtemps attendu pour ces PME, souvent qualifiées de «dinosaures numériques», précipitées dans le grand bain digital par l’instinct de survie.

A l’heure où le déconfinement est planifié, que restera-t-il de la fièvre acheteuse en ligne née du Covid-19? Certainement pas l’idée d’un grand remplacement qui achèverait un commerce physique déjà mal en point. Plusieurs spécialistes l’évoquent, les habitudes persistent et la recherche du contact risque d’être plus forte que jamais au moment du retour à la normale. Actuellement, les meilleurs résultats en termes de ventes en ligne sont enregistrés par les commerçants ayant habituellement une présence physique. Un repère important pour le consommateur qui devrait faire son retour en boutique dès la réouverture. Toutefois, les solutions digitales de commercialisation devraient persister en complément, tout comme la prise de conscience définitive de l’intérêt à développer des modèles d’affaires et des canaux de vente alternatifs. Après les spécialistes de l’e-commerce proposant des pop-up stores et autres showrooms, l’installation des petits commerçants sur la Toile dissipe encore plus la frontière entre boutiques et e-commerçants. La combinaison gagnante des expériences physique et digitale, régulièrement relevée, en sortira renforcée.

L’îlot suisse

En conséquence, il semble illusoire d’anticiper sur le long terme un avenir radieux du commerce en ligne et un déclin accéléré du commerce physique, aux destins plus que jamais indissociablement liés. Acheteurs et vendeurs sur Amazon, interrogés fin mars, se rejoignaient d’ailleurs dans une perspective à moyen terme plutôt sombre. L’anticipation d’une crise économique durable – traduite par un report des achats non nécessairement vitaux – l’emporterait ainsi sur l’attrait de l’achat sur internet, même en plein confinement. En Europe de l’Ouest, il n’y a déjà plus guère que la Suisse qui reste ensevelie sous une avalanche de colis avec des hausses de 40 à 60% par rapport à la même période l’année d’avant. La situation est revenue à la normale en Allemagne et en Angleterre, tandis que les pays méditerranéens connaissent un coup d’arrêt. Anxieux de la situation sanitaire et fort de son pouvoir d’achat, le Suisse se rassure par une surconsommation en ligne, mais on l’imagine mal faire fi encore longtemps du ralentissement qui se profile à l’échelle mondiale.

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