Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Quand l’éthique se fait pragmatique

«Investissement socialement responsable». La formulation paraît d’emblée suspecte. Qui imaginerait qu’un investisseur sérieux, en quête de rendement, puisse réellement investir selon des critères éthiques? Il ne pourrait s’agir que d’une démarche marketing destinée à travailler son image auprès de populations manifestant davantage, à chaque élection, leur défiance vis-à-vis de la «finance sauvage». Ou encore l’œuvre philanthropique de milliardaires en quête de sens et de reconnaissance, qui chercheraient à laisser dans l’imaginaire collectif une empreinte plus profonde qu’un succès économique. Car on le sait, du moins croit-on le savoir, «éthique» et «rentabilité» ne font pas bon ménage. Il faut choisir. Allier les deux relèverait d’une douce rêverie aux relents utopistes. 

L’amnésie spéculative

Et si en réalité l’utopie consistait à penser l’inverse? A croire que l’investissement peut se concevoir en totale décorrélation avec la société? Une amnésie récurrente, qui ressurgirait entre chaque krach boursier, et qui ramènerait inlassablement sur le très court terme, du boursicoteur au trading haute fréquence, de la seconde à la milliseconde. Les crises boursières de plus en plus grandes, ainsi que les rendements qui plafonnent invitent aujourd’hui à un retour sur terre. On cherche à réinscrire l’investissement dans la société et ses mutations, et à penser des opportunités de rendement à plus long terme.

C’est, d’une part, une façon de diminuer le risque. Exclure l’industrie du tabac de son portefeuille, c’est avant tout être conscient de l’étau juridique qui se resserre autour de ces acteurs. C’est, d’autre part, un pari sur la croissance. Investir dans les cleantechs, c’est miser sur les centaines de milliards programmés d’ici à 2050 dans toute l’Europe pour la transition énergétique. Même les acteurs à fort penchant social de l’«impact investing», qui ambitionnent un «changement vers une société plus juste et plus vertueuse», ne font pas aujourd’hui de compromis sur le rendement. 

Du coup, tout le monde s’y met. Banques, investisseurs institutionnels, private equity, fonds spécialisés, chacun selon son expertise et sa volonté d’implication, rendant nébuleuse et parfois dévoyée l’appellation d’ISR. Il n’en reste pas moins que ces critères s’installent durablement dans le paysage aux côtés de ceux, traditionnels, de rendement financier. Dans un environnement en mutation, l’ISR apparaît donc au minimum comme une stratégie de couverture sur le long terme, intégrée de manière croissante au sein des portefeuilles. Au mieux, comme une opportunité de tirer parti de la quatrième révolution industrielle, écologique, collaborative et efficiente. 

A chacun de se positionner.

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