Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

La répartition revient au centre des débats

On croyait la réflexion égalitariste enterrée, reléguée au rang des vieilles illusions du XXe siècle dans le sillage du communisme dont la chute consacrait la victoire d’un libéralisme globalisé et triomphant. Celui porté dans le contexte de la crise des années 70 par le courant économique de l’Ecole de Chicago, personnifié par l’économiste Milton Friedman.

Notre dossier: Menace sur la paix sociale

Conseiller de Reagan, maître à penser du thatchérisme, Friedman a pesé de tout son poids dans le détricotage de l’Etat-providence en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Dérégulation et libre-échange allaient devenir synonymes de prospérité et supplanter l’interventionnisme de l’Etat, jugé inefficace et obsolète.

C’était sans compter sur l’éternel balancier de l’Histoire, dont le conservateur Francis Fukuyama prédisait un peu hâtivement «la fin» en 1992. Les économistes keynésiens et néomarxistes font leur grand retour depuis la crise de 2008, avec un constat partagé: le creusement des inégalités bride la croissance en attaquant le pouvoir d’achat des classes moyennes. Le libéralisme aurait atteint ses limites. 

Après le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, conseiller d’Obama, c’est au tour de Thomas Piketty – auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle – de travailler sur les programmes des travaillistes de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, de Podemos en Espagne, et du candidat socialiste Benoît Hamon. Progressivité accrue de l’impôt, taxation des robots, revenu de base universel: la répartition revient au centre des débats. Même Christine Lagarde au FMI le reconnaît: «Nul besoin d’être altruiste pour soutenir des politiques qui rehausseront les revenus des pauvres et des classes moyennes. Pour parvenir à une croissance durable, il faut assurer une croissance plus équitable.»

La Suisse concernée

Pour gagner l’opinion, qui privilégie partout le repli identitaire et économique, la nouvelle pensée égalitariste a encore du chemin à faire. Tout particulièrement en Suisse. 

Attaché à la tradition libérale et abrité derrière un marché du travail puissamment intégrateur, le pays a manifesté à chaque votation son refus des propositions les plus sociales, de la caisse unique au RBI en passant par le salaire minimum. Toutefois, une crainte de marginalisation des couches populaires se fait jour et vient nourrir le réflexe identitaire et souverainiste ancré dans le pays depuis vingt-cinq ans. L’analyse Vox sur la votation du 9 février 2014 contre l’immigration de masse relevait que «la mobilisation inhabituelle des personnes au bas de l’échelle d’éducation et de revenu» avait été déterminante dans le résultat. Avec 6,6% de la population sous le seuil de pauvreté, mais plus de 13% susceptible d’y tomber, la Suisse n’échappe plus au spectre du déclassement qui hante les classes moyennes occidentales. 

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