Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Irresponsabilité et compromis

Coûteuse et hors de propos, l’obligation d’annonce n’est ni plus ni moins qu’un os à ronger pour l’UDC

En termes de communication politique, il n’y a parfois d’autre choix que de vendre un naufrage absolu comme un succès éclatant. C’est à cet exercice périlleux que s’est livré le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Il vient de tirer un premier bilan de la mesure dite d’«obligation d’annonce» qui force à réserver à l’office régional de placement (ORP) durant cinq jours tous les emplois ouverts dans les professions à fort taux de chômage. Dénoncée par les employeurs comme un monstre bureaucratique, avec un coût de plusieurs dizaines de millions, la mesure a donné lieu a à peine plus de 4% de placements de chômeurs pour les postes annoncés. Et pourtant, on se félicite ouvertement de la «transparence» et de l’amélioration des relations entre ORP et employeurs, au mépris de l’évidence comptable.

Difficile de tenir un autre discours, car tous le reconnaissent à demi-mot: ce compromis est un moindre mal. Décidée pour tenter de concilier la votation du 9 février 2014 avec l’impératif de respecter la libre circulation des personnes conclue avec l’Union européenne, l’obligation d’annonce permet d’éviter l’effondrement complet du château des bilatérales construit sur plusieurs décennies. Et d’éloigner le spectre des contingents de travailleurs étrangers, catastrophique dans une conjoncture de plein-emploi. Car si la mesure pourrait avoir un sens dans une période de montée du chômage, elle s’inscrit totalement à contretemps dans le contexte actuel.

Coûteuse et hors de propos, l’obligation d’annonce n’est qu’un os à ronger pour l’UDC et accessoirement pour les plus de 50% d’électeurs qui se sont levés il y a cinq ans «Contre l’immigration de masse», sans toujours comprendre les incidences de leur suffrage. Mieux vaut leur laisser croire qu’ils ont été entendus, d’autant que l’initiative «Pour une immigration modérée», qui pourrait être soumise au peuple en 2020, inquiète déjà.

L’UDC aux abonnés absents

Gabegie administrative, le compromis est la conséquence directe de la démagogie et de l’irresponsabilité politique. Curieusement, on n’entend guère Guy Parmelin, à la tête du Département fédéral de l’économie, s’émouvoir d’une inflation bureaucratique pourtant historiquement combattue par son parti. Jetant ses forces dans la campagne de 2014 et probablement surprise elle-même de l’emporter, l’UDC s’est instantanément évanouie quand il s’est agi de négocier avec l’Union européenne et de penser les applications concrètes de la votation. Toujours prompte à flatter les bas instincts identitaires d’une population qui doute, l’UDC reste une fois de plus aux abonnés absents pour assumer les conséquences de ses actes. L’art d’être la première force politique de Suisse et de se comporter comme un petit parti d’opposition.

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