Joan Plancade

JOURNALISTE

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

Générique, une pilule dure à avaler

Pourquoi la Suisse est-elle le pays où le générique est le plus cher, le moins disponible et le moins distribué?

Le refus fin octobre du prix de référence par le National – chaudement promu par le conseiller fédéral Alain Berset et les assureurs santé – pourrait s’apparenter à un énième échec à imposer le médicament générique au «pays de l’original». Cette Suisse irréformable, où le lobby pharmaceutique s’est fait une spécialité d’édulcorer l’ensemble des tentatives menées depuis près de trente ans pour freiner l’envolée des coûts de la santé. Et dont le résultat est de faire de la Suisse le pays où le générique est le plus cher, le moins disponible et le moins distribué.

Jugée irréaliste et dangereuse par les pharmaciens et les génériqueurs, la proposition de fixer un prix de référence qui abaisserait les marges a pourtant eu le mérite de faire bouger des professions jusque-là ancrées dans de confortables habitudes. Il a fallu agiter cet épouvantail pour que les pharmaciens ficellent en un temps record une réforme profonde de leur rémunération qui, affirment-ils, favoriserait la diffusion du générique au point de réaliser 250 à 500 millions d’économies. Médecins dispensants et pharmaciens, historiquement rivaux, se sont même entendus pour l’occasion, sous pression du gouvernement et d’assurés excédés, étranglés par l’envolée des primes de santé.

La prudence reste cependant de mise. En premier lieu parce que les différentes révisions, dont celles de 2011, n’ont pas engendré les économies annoncées, tant s’en faut. De fait, les réactions en chaÎne (grossistes, fournisseurs, assurés, pharmaciens...) restent difficiles à anticiper. Les barrières à l’entrée du générique sur le marché suisse pourraient en large part demeurer, tout comme les prix souvent deux fois plus élevés auxquels les fabricants de génériques vendent leurs produits sur le marché suisse.

Maîtrise des coûts

Nécessaire, le débat sur le coût du médicament ne doit toutefois pas occulter que c’est à tous les niveaux que le système de santé suisse souffre d’inefficiences et requiert rationalisation et maîtrise des coûts. Logiquement plus en vue car plus tangible pour le particulier, le médicament ne représente pourtant que 20% de l’assurance obligatoire. Un deuxième paquet de réformes proposées par Alain Berset se penchera notamment sur la maîtrise des dépenses et une meilleure coordination des spécialistes.

Focalisés sur le médicament, on en oublierait presque les reports multiples du dossier électronique du patient, dont la mise en œuvre se révèle extrêmement complexe. Le retard digital pris par l’ensemble du système de santé a pour conséquence d’importants surcoûts et une prise en charge parfois déficiente faute de vue d’ensemble sur l’historique du patient. Une question de la digitalisation sur laquelle les assureurs – pourtant les premiers à se battre pour rationaliser le système de santé quand elle concerne les autres acteurs – sont loin de tous se poser en exemple.

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