Joan Plancade

JOURNALISTE

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

Du paradis à l’enfer fiscal?

Pour le citoyen suisse, la pression de la fiscalité et des autres prélèvements n’a rien à envier à celle de ses voisins

Depuis fin 2019, c’est officiel, la Suisse n’est plus un paradis fiscal aux yeux de ses voisins. Le pays sort de la liste grise de l’OCDE. Les efforts d’application d’un taux unique d’imposition des entreprises par la RFFA rendent la situation compatible avec le fonctionnement de l’Union européenne. Dans le même temps, le forfait fiscal, en constant recul, va faire l’objet d’un encadrement plus strict dès 2021, a confirmé Berne. Artistes ou sportifs exerçant une activité lucrative en Suisse, ainsi que les binationaux, tomberont au régime ordinaire, et un plancher de 400 000 fr. est retenu. De quoi parachever l’œuvre entreprise par l’échange automatique de données, pour déconstruire le mythe d’une contrée paradisiaque du dumping fiscal et des comptes numérotés.

Voilà pour le décorum. Le citoyen suisse moyen, en revanche, sait que la pression de la fiscalité et des autres prélèvements n’a rien à envier à celle de ses voisins, pourtant si prompts à juger caricaturalement la situation. En façade, l’administration reste clémente avec le contribuable lambda. La quote-part fiscale de 27,6% reste au-dessous de la moyenne de l’OCDE (34,4%) et des supposés enfers fiscaux comme la France (44%). Ce serait oublier que le calcul inclut les cotisations de sécurité sociale et de retraite, qui restent en Suisse – prévoyance et assurance maladie – payables par le contribuable en sus. Additionnés, les prélèvements (impôts assurances obligatoires, cotisations...) dépassent les 50% du revenu, et n’épargnent pas les classes moyennes. En France, l’impôt sur le revenu – pourtant réputé si élevé – ne concerne que 43% des foyers fiscaux et reste donc majoritairement assumé par les plus aisés, et celui sur la fortune immobilière limité aux riches.

Peu de marges de manœuvre

Pas de paradis, donc, pour le contribuable suisse moyen, dont les marges de manœuvre sont plus restreintes que le voisin français et ses quelque 465 niches fiscales. L’encadrement strict des déplacements professionnels restreint encore les possibilités de déduction usuellement offertes. Limiter sa facture demande aujourd’hui d’adopter des stratégies élaborées de gestion de la prévoyance, 2e et 3e piliers, de remplir avec attention sa déclaration et de se tenir au courant des dernières possibilités.

La rénovation des bâtiments offre aux propriétaires de combiner efficience énergétique et coup de pouce fiscal, à condition de bien planifier et choisir ses options. Encouragement du train, limitation du CO2 des habitations, on se consolera en se rappelant que l’impôt reste le catalyseur des changements dont la société a besoin et qu’un taux de prélèvement élevé reste le signe d’un pays en bonne santé. Ce qui n’empêchera pas chacun de faire les efforts d’optimisation pour ne payer que le juste prix.

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