Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Casinos: rien ne va plus

Ils ont dû s’adapter à l’évolution de la clientèle: abaisser les mises de base et proposer des jeux en ligne

Les temps sont révolus où la bonne société s’acoquinait volontiers autour des tables de baccara, blackjack ou de roulette. D’André Citroën qui laissa son empire automobile sur le tapis vert au guitariste Manitas de Plata qui revendiqua son côté flambeur, craquer au casino a longtemps été un signe extérieur de richesse. Le cinéma véhiculait alors l’image glamour et un tantinet machiste d’une société où hommes d’affaires en smoking croisaient des élégantes à chapeau dans un épais brouillard de cigare.

En 2020, la réalité est plus prosaïque. Les revenus des casinos se jouent moins sur le feutre des tables que dans le clinquement des machines à sous et jeux électroniques qui génèrent souvent l’essentiel du chiffre d’affaires. Argent facile, coûts d’exploitation limités, l’option est tentante pour l’industrie et conquiert une clientèle moins fortunée, au risque de faire fuir celle historique, plus huppée. On garde quelques tables pour le standing et par obligation, mais le nombre de croupiers tend souvent à diminuer.

Doit-on voir dans ce dangereux glissement une raison de la chute du chiffre d’affaires de 30% depuis l’âge d’or du milieu des années 2000? Du côté des casinos suisses, on avance des explications qui tiennent la route: interdiction de la cigarette, abandon du taux plancher dans un contexte de forte concurrence frontalière... On reste naturellement plus réticent à admettre que le casino fait moins rêver qu’auparavant. Ou encore que le jeu en ligne vient depuis quinze ans grignoter une partie du «pouvoir de perte» des joueurs.

Faute de pouvoir contrer le changement de typologie de la clientèle, les casinos s’y adaptent. Les mises de base sont abaissées et l’offre digitale se développe. La loi est venue offrir aux établissements un nouveau monopole, celui du jeu en ligne, officiellement pour permettre au fisc de récupérer l’AVS sur les quelque 250 millions perdus chaque année par les joueurs suisses sur les sites étrangers. Mais mettre en place et exploiter des plateformes, chères et complexes, se chiffre en millions. Avec neuf offres attendues d’ici à six mois, la niche risque de friser rapidement la saturation. Au vu des expériences étrangères – où les casinos en ligne sont difficilement rentables – il y a peu de chances de voir le digital compenser le déclin de plus de 300 millions du produit des casinos suisses en dix ans.

Un défi risqué

Le pari est d’autant plus risqué que l’online pourrait éloigner encore le joueur des tables. Si à court terme l’argent est bon à prendre, le danger est de s’enferrer encore davantage dans une descente en gamme déjà bien amorcée, avec en filigrane la question de l’addiction au jeu. La facilité d’accès des sites en ligne favorise les comportements compulsifs selon les spécialistes, alors même que le nombre de personnes interdites de jeu a été multiplié par dix en vingt ans – près de 1% de la population aujourd’hui. De passe-temps de riche, le jeu est désormais ravalé au rang d’addiction populaire au même titre que le tabac, son partenaire de toujours. Une image écornée dont les casinos font les frais.

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