Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Bitcoin, blockchain: souriez, vous êtes manipulés!

En 8 ans d’existence, «le bitcoin est mort 171 fois», relève ironiquement la rubrique nécrologie du site 99 bitcoin, qui recense les annonces récurrentes dans la presse ou sur des blogs de la mort de la plus célèbre des crypto-monnaies. Une insistance et une régularité qui forcent d’autant plus l’admiration que rien ne semble enrayer l’ascension du bitcoin, dont le cours a été multiplié par 400 en 5 ans -encore par 5 depuis le début de l’année. La leçon devrait inciter les cassandres à la prudence. Pourtant, il s’en trouve chaque fois de nouvelles pour tenter l’aventure de la diatribe anti-bitcoin, et des médias pour relayer la rengaine comme parole d’évangile, au risque de se couvrir de ridicule.

L’explication, c’est que le ridicule ne tue pas, mais qu’en revanche, il peut rapporter gros. Dernier candidat en date: Jamie Dimon, PDG de JP Morgan. Le 12 septembre, droit dans ses bottes, il monte au créneau pour dénoncer la “fraude” utile aux «meurtriers et aux dealers» que porte le bitcoin, annonçant la foudre du régulateur et l’interdiction prochaine. Effet immédiat: le bitcoin passe de $4,340 à $2,981  le jour suivant. Catastrophe? Fin d’un mirage? Bien au contraire, un joli magot à se faire pour les vieux de la vieilles de la finance qui avaient raté le train des crypto-monnaies. Plusieurs milliards de dollars de bitcoins -plus de deux milliards dans la seule journée du 15 septembre-  sont achetés les jours suivants, ramenant rapidement le cours autour des 4000. Dans l’intervalle, que relèvent les principaux sites journalistiques et bloggeurs spécialisés en cryptomonnaies? Qu’au Nasdaq Stockholm le 15 septembre,  JP Morgan apparait comme un des plus gros acheteur d'un «Exchange Traded notes» (ETN, un titre de créance répliquant la performance d'une matière première) qui se base sur le bitcoin. De là à imaginer un énorme délit d’initié sur un marché non régulé s’apparentant au nouveau far west de la finance, il n’y a qu’un pas.

Difficile de faire confiance à qui que ce soit

Le problème, c’est que les journalistes et bloggeurs spécialisés, qui encensent exagérément et publiquement la technologie et se font un plaisir de dénoncer Dimon, sont pour la plupart investisseurs «early birds» du monde crypto et donc juges et parties. D’ailleurs, jusqu’au moindre post sur un forum de discussion et pseudo-analyse de marché par un Nostradamus improvisé, toute déclaration publique semble aujourd’hui guidée par un conflit d’intérêt, aussi minime soit-il. Difficile de faire confiance à qui que ce soit. D’autant plus que les capitalisations globales des crypto-monnaies restent  modestes à l’échelle de la finance mondiale, et les cours par conséquent plus manipulables. A la hausse, à la baisse, peu importe: pourvu que ça bouge, il y a toujours moyen de faire de l’argent. Au-delà du succès du bitcoin, c’est sa volatilité qui intéresse, surtout dans le cas d’un placement largement spéculatif et ultrasensible au moindre effet d’annonce.

Finalement , l’information sur Bitcoin est à l’image de celle qu’on retrouve sur internet aujourd’hui.  Foisonnante, peu contrôlée, elle invite plus que jamais au tri, à l’esprit critique et au recoupement. Avec toujours une question centrale en tête quand il s’agit de gros sous: quel est l’intérêt de mon interlocuteur à me convaincre de ce qu’il dit?

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."