Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

Une crise sociale historique

Des organisations humanitaires et diverses associations tirent pourtant la sonnette d’alarme depuis longtemps

La pandémie de coronavirus provoque une crise sociale dont on ne perçoit actuellement que la pointe de l’iceberg. Son ampleur risque d’être historique. Dans les pays en voie de développement, des dizaines de millions de petites mains de l’économie ont perdu leur maigre gagne-pain. Aux Etats-Unis, les banques alimentaires sont débordées. En Italie, la mafia vient en aide aux plus démunis. Dans les banlieues proches de Paris, une frange de plus en plus importante de la population ne s’en sort plus. En Suisse, les Genevois découvrent la précarité dans laquelle vivent notamment les sans-papiers et les travailleurs au noir. Dans plusieurs pays, y compris chez nous, les enfants sont les premières victimes de ce drame en raison de la fermeture des cantines scolaires et des crèches qui leur offraient au moins un repas complet par jour.

Il a suffi que la machine économique s’enraille profondément pour que des hommes et des femmes doivent affronter leur dénuement à visage découvert. Des organisations humanitaires et diverses associations tirent pourtant la sonnette d’alarme depuis longtemps. Mais leur voix est à peine audible dans un univers baigné par la croissance, la compétitivité et le bling-bling.

Working poor suisses

En Suisse, la population est certes généreuse lorsqu’elle participe aux opérations de la Chaîne du Bonheur. Mais elle peine à admettre qu’une partie des habitants peuvent tomber brusquement dans la précarité en raison d’un incident de vie ou d’une dépense imprévue comme des frais dentaires. Travailler ne suffit parfois pas pour joindre les deux bouts. On donne un nom à cette main-d’œuvre: les working poor. Selon l’Office fédéral de la statistique, environ un million de personnes vivent au bord du précipice.

Dans notre pays, un bénéficiaire de l’aide sociale est souvent perçu comme un profiteur. Or, la lutte contre les abus, menée à la suite de campagnes politiques nauséabondes, montre que leur nombre est faible. Malgré le retour de la croissance depuis dix ans, les inégalités ne régressent pas, et la part des personnes agrippées au dernier filet de la sécurité sociale reste à un niveau stable par rapport à la population résidente.

Même les grandes multinationales helvétiques rejettent les sans-grade de leur univers pour suivre les conseils des gourous de l’externalisation. Il y a une trentaine d’années, une femme de ménage était fière de faire partie du personnel des grands noms de notre économie. Aujourd’hui, elle travaille pour d’obscures sociétés auxquelles personne ne prête attention.

Avec la pandémie de coronavirus, les coûts sociaux assumés par les collectivités publiques exploseront, alors que les recettes fiscales s’effondreront! La population la plus précaire paiera de nouveau le prix de cette crise qui s’annonce longue.

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