Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Un bonnet d’âne pour la Suisse

La politique familiale génère un retour sur investissement tant pour l’état que pour les entreprises

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée, qui s’aggrave avec le départ à la retraite de la génération des baby-boomers, est la conséquence de l’absence de politique familiale. Avec un taux de natalité parmi les plus bas du continent européen, la Suisse ne parvient plus à renouveler sa population. Pour la première fois, le nombre de jeunes adultes arrivant sur le marché du travail ne comble progressivement plus le volume de salariés qui abandonnent leur activité professionnelle. Depuis de nombreuses années, seule l’arrivée massive d’étrangers a permis de satisfaire les besoins des entreprises helvétiques, avec pour résultat l’adoption de l’initiative contre l’immigration de masse lancée par l’UDC. La politique menée par ce parti n’est d’ailleurs pas à une contradiction près. Celui-ci s’oppose à la fois à toute mesure pouvant favoriser la natalité et à l’afflux de main-d’œuvre d’étrangère.

Considéré historiquement comme «une source de régulation de l’économie à court terme», selon le directeur de Pro Familia Philippe Gnaegi, l’emploi féminin est sous-développé en raison de l’insuffisance des moyens mis à disposition des familles. Or, le niveau d’éducation des femmes s’est considérablement amélioré au cours des quinze dernières années, comme le prouve le nombre record de diplômées des hautes écoles spécialisées et des universités. Encore faut-il qu’elles puissent concilier vie privée et activité professionnelle lorsqu’elles deviennent mères. Or, dans ce domaine, la Suisse est un cancre européen. Et ce n’est pas l’adoption d’un congé paternité de deux semaines qui lui permettra d’abandonner son bonnet d’âne.

La politique familiale a certes un coût, mais elle génère aussi un retour sur investissement tant pour l’Etat que pour les entreprises. Sans oublier, évidemment, les retombées positives sur le bien-être des individus. Il ne s’agit pas forcément de dépenser plus mais de dépenser mieux.

Sa mise en œuvre, qui devrait être fondée sur le principe de l’égalité entre hommes et femmes, se heurte toutefois à au moins deux obstacles majeurs. D’abord, un fossé culturel sépare la Suisse romande, plus prompte à réclamer le soutien de l’Etat-providence, et la Suisse alémanique (en tout cas dans les zones rurales), qui considère la famille comme une affaire strictement privée. Ensuite, le patronat, qui se plaint des retombées négatives de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée depuis la première moitié des années 2000, et refuse néanmoins toute mesure coercitive qui alourdirait les charges des entreprises.

Avec la nouvelle configuration du Parlement (42% de femmes au Conseil national), une majorité politique parviendra-t-elle à se dégager pour imposer des solutions au cours de la législature qui débutera en décembre? Les attentes sont immenses.

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