Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Quel est le juste prix?

Pour Aristote, l’activité économique vise à faire vivre la population, pas à accumuler des richesses

A l’ère de la gratuité, du «low cost», de la multiplication des promotions et des soldes, le choix du consommateur n’a jamais été aussi vaste pour acquérir des biens et services à des prix défiant toute concurrence. Le matin, ce dernier peut avaler un yaourt pour quelques dizaines de centimes, puis s’envoler pour une capitale européenne pour une cinquantaine de francs et enfin s’endormir le soir dans une chambre d’un hôtel prestigieux pour quelques centaines de francs. Ce même consommateur profite aussi des échanges mondiaux de marchandises et des progrès technologiques. Au cours de ces vingt-cinq dernières années, les prix des téléviseurs, des voitures et des ordinateurs, par exemple, ont fortement baissé, alors même que leur qualité intrinsèque a augmenté. En 2018, ces biens n’ont rien de comparable avec ceux achetés en 1993.

Consommateur schizophrène

Aujourd’hui, c’est le rapport de force qui détermine la fixation d’un prix. Les producteurs ne font souvent pas le poids face à la puissance des entreprises de transformation et des distributeurs. On le voit au sein de l’Union européenne et en Suisse avec la chute du prix du lait industriel, dont les conséquences sont dramatiques pour de nombreuses exploitations agricoles, et, au niveau international, dans le commerce Nord-Sud.

Cette inégalité dans l’échange profite aux consommateurs dont le comportement est parfois schizophrénique. Ils sont conscients de la nécessité  de protéger l’environnement et les conditions de travail, mais surfent sur les sites de l’e-commerce, achètent au mois de février des fraises récoltées dans des conditions misérables et transportées par des camions qui polluent ou encore acquièrent des vêtements fabriqués dans les fabriques de la honte. Le commerce équitable ou fair trade et les achats directs aux producteurs locaux progressent, mais restent à un niveau marginal dans les échanges. Leurs acteurs revendiquent un juste prix. 

Ce sont des philosophes – Aristote et Thomas d’Aquin – qui se sont penchés sur cette notion avec le plus d’acuité.  Pour Aristote, le juste prix doit permettre aux communautés humaines de vivre. L’objectif de l’activité économique ne vise pas à l’accumulation de richesses. Dans l’œuvre de Thomas d’Aquin, aucun acteur ne doit profiter de la situation au détriment de l’autre. Les deux théoriciens postulaient une égalité dans l’échange et une réciprocité de services.

Aujourd’hui, la mondialisation de l’économie entraîne une concurrence féroce, presque sauvage. De puissants lobbies parviennent à freiner la prise en compte de ce que les économistes appellent des externalités négatives (par exemple les émissions de gaz à effet de serre) dans les échanges et les coûts de production. Or, seule une véritable politique dans le domaine de l’environnement peut à la fois soutenir la croissance et protéger la planète. Il est encore temps d’agir!

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