Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Le chômage des seniors est un gâchis

«Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.» Les entreprises helvétiques feraient bien de s’inspirer de ce proverbe africain. Quand une société licencie brusquement ses quinquagénaires ou ses sexagénaires, elle perd plus que des collaborateurs expérimentés capables de transmettre leurs compétences à la nouvelle génération. Elle perd surtout une partie de sa culture et de sa mémoire. Lorsqu’une entreprise refuse d’engager des seniors, elle fait preuve de préjugés sur leur productivité, leur motivation et leur capacité à maîtriser les nouvelles technologies. Leur valeur est trop souvent sous-estimée. Et ce n’est pas les charges sociales plus élevées pour la prévoyance professionnelle qui fragilisent la position des seniors sur le marché du travail: aucune étude n’est parvenue à étayer cette hypothèse.

Entre 2012 et 2016, le taux de chômage des personnes de 50 ans et plus a grimpé de 17%, se situant à 2,8%, alors que le nombre de chômeurs de longue durée s’est envolé à 10 133 personnes (+25%) dans cette même catégorie d’âge. Une fois au chômage, les seniors peinent à retrouver une activité professionnelle. La durée de recherche d’un nouveau job est environ une fois et demie plus longue que la moyenne. Résultat: représentant 42% de l’ensemble des chômeurs de longue durée à la fin de l’an dernier, les 50 ans et plus sont beaucoup plus fortement touchés que les 25-49 ans.

De surcroît, les statistiques officielles masquent l’ampleur du phénomène. Les personnes arrivées en fin de droits ne restent pas toutes inscrites à un office régional de placement. Une majorité d’entre elles disparaissent des radars. Et personne ne sait ce qu’elles deviennent. Certaines prennent une retraite anticipée. D’autres émargent à l’aide sociale. 

L’heure de la revanche

Le chômage des seniors est un véritable gâchis, quand on sait que la pénurie de main-d’œuvre risque de s’amplifier avec le départ à la retraite d’environ un demi-million d’actifs d’ici à 2030. L’Union patronale suisse en a conscience. Avec la Confédération et les syndicats, elle cherche à sensibiliser les entreprises. Mais leurs dirigeants peinent à convaincre. Le vieillissement démographique contraindra pourtant les acteurs les plus méfiants à l’égard des seniors à réagir. Les robots ne pourront pas toujours remplacer les êtres humains, alors que l’immigration se heurtera aux obstacles que les autorités politiques ont déjà commencé à ériger. Face à cette situation, les entreprises chercheront à conserver leur main-d’œuvre en faisant preuve d’imagination pour leur assurer une bonne qualité d’emploi.

La revanche des seniors a bientôt sonné! 

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