Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

La négation d’une société méritocratique

La Suisse mène une politique sociale cloisonnée, incohérente et peu généreuse. Les différentes prestations (allocations familiales, subsides primes maladie, bourse d’études) varient considérablement entre cantons. Ce qui génère, pour un même revenu, de profondes inégalités selon le lieu d’habitation. Et comme aucun acteur n’a une vision complète des besoins de la population, on ne connaît pas l’impact réel de la politique de redistribution.

L’enquête que nous avons menée en Suisse romande permet de mesurer les retombées d’une augmentation de salaire perçue par un couple sur le niveau des prestations sociales et de l’impôt. Des résultats publiés dans notre dossier, on peut tirer deux enseignements principaux.

Premier constat: l’incitation au travail est faible. Une famille de condition modeste ne récolte guère les fruits de son labeur. Lorsque son pouvoir d’achat augmente, par exemple grâce au travail de l’épouse, l’Etat s’approprie souvent un gain plus élevé que le salarié car il verse moins de prestations et prélève davantage d’impôts. 

Deuxième constat: la classe moyenne est oubliée. Dès qu’un ménage parvient à son seuil, il perd tout ou partie des prestations auxquelles il pouvait prétendre auparavant. Sauf dans quelques cantons, la très grande majorité des Romands paient entièrement de leur poche pour leur santé et pour les études de leurs enfants. Avec une hausse constante de leurs dépenses obligatoires, ils se sentent floués.

Autrement dit, l’effort n’est pas récompensé. Ce manque de reconnaissance constitue la négation même d’une société méritocratique. Les préoccupations des salariés (cherté des logements, des études, de la prise en charge des enfants en âge préscolaire et scolaire, coûts de la santé) ne sont pas du tout entendues par la classe politique qui se déchire lorsqu’elle se penche sur ces questions. 

Viser une certaine équité

En raison des bouleversements technologiques qui frappent le marché de l’emploi et dont les conséquences sont encore peu visibles, la population craint surtout de gagner moins demain qu’aujourd’hui. Elle attend que les entreprises soient attentives au respect du partenariat social et que les acteurs politiques agissent pour trouver des solutions destinées à mettre en œuvre une politique sociale et fiscale adéquate afin que le travail paie et puisse améliorer son pouvoir d’achat. C’est un enjeu capital!

Le rôle des cantons est déterminant. Dans ces deux domaines, leur souveraineté leur permet de jouir d’une liberté d’action très large. Les mesures qu’ils peuvent prendre dépendent certes de leur capacité financière, mais ils doivent surtout viser à une certaine équité entre les membres d’une même communauté. Ce défi nécessite de dépasser les clivages idéologiques qui nuisent à l’intérêt commun!

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."