Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Ces statistiques qui nous mentent

Dans les salles de marché, la tension est vive dans les minutes qui précèdent la publication du produit intérieur brut (PIB), des créations d’emplois, du taux de chômage, etc. aux Etats-Unis. Les résultats de ces indicateurs détermineront l’évolution des bourses non seulement outre-Atlantique, mais aussi à Londres ou à Zurich ou encore à Tokyo. On l’a encore vu le vendredi 2 février dernier avec la hausse de 2,9% du salaire horaire moyen dans les entreprises américaines qui a fait chuter les indices mondiaux en raison des risques accrus du retour de l’inflation.

Les statistiques constituent un enjeu crucial pour les marchés financiers, ainsi que pour la conduite de la politique économique et monétaire. Or, les doutes sur leur fiabilité commencent à hanter les nuits de leurs acteurs, à commencer par celles des banquiers centraux qui semblent de plus en plus désarçonnés face à l’évolution du PIB, de la productivité, du renchérissement ou du chômage. 

Les calculs du PIB et de la productivité ne sont plus adaptés à la réalité économique. La mondialisation et la numérisation ont bouleversé les activités et les échanges. De même, le taux de chômage a beaucoup moins de valeur qu’autrefois en raison du changement structurel qui touche le marché du travail. Une partie de plus en plus importante de la population en âge de travailler dans les pays européens et aux Etats-Unis sort des radars. Elle disparaît des chiffres officiels des sans-emploi pour venir grossir les rangs de la précarité. Depuis la crise financière de 2007-2008, la politique très accommodante des instituts d’émission a creusé les inégalités sociales dans une ampleur inédite. 

Et les primes maladie?

La mesure du renchérissement est aussi contestée. Prenons le cas de la Suisse où le coût de la vie figure parmi les préoccupations majeures de ses habitants. Au cours de ces dix dernières années, leur pouvoir d’achat a souvent reculé en raison de la hausse vertigineuse des primes maladie. En cause: l’adaptation des salaires est négociée sur la base du niveau de l’inflation dont le calcul ne comprend pas…les primes maladie pour des raisons méthodologiques. Un indice des prix ne mesure en effet que leur évolution dans le temps. Il ne tient pas compte du volume de consommation d’un bien ou d’un service. Or, les primes dépendent avant tout de son amplitude.

Il ne s’agit ni de noircir le tableau ni d’accuser les statisticiens. Mais la perception de la réalité par la population est de plus en plus en décalage avec celle qu’en ont les élites politiques et économiques. Plus ces dernières minimisent les conditions de vie et les craintes de déclassement de leurs citoyens, plus elles font le lit des populistes.  

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