Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Je t’aime moi non plus

Voilà ce que l’on peut lire sur le forum d’expatriés Expatica dans un article de conseils destiné aux nouveaux arrivants intitulé Swiss dating. «En Suisse, ce ne sont pas les femmes qui font le premier pas. Ce ne sont pas les hommes non plus. Sur nombre de sites de rencontre, les expatriés se plaignent du manque d’intérêt pour le flirt des Suisses. De leur côté, les hommes suisses répondent avoir adopté cette froideur après avoir été rejetés sans ménagement par tant de Suissesses.» Le dossier que vous pouvez lire dans ce numéro indique que ce constat ne s’applique pas qu’aux relations amoureuses mais à l’ensemble d’une sociabilité qui s’avère glaciale. Et c’est là tout le problème.

Manque de chaleur humaine

Si la qualité de vie propre à notre pays peut justifier en partie sa cherté légendaire, la retenue naturelle qui appartient à nos valeurs choque l’expatrié qui la prend pour de l’hostilité. Quel dommage. Car Dieu sait que la Suisse y tient, à cette population de professionnels hautement qualifiés, au bénéfice d’un haut pouvoir d’achat, qui tire vers le haut la création de valeurs. C’est avec un pincement que l’on découvre les reculs répétés de la Confédération dans les classements des destinations préférées des travailleurs détachés. Ces palmarès sanctionnent de manière unanime l’absence de chaleur humaine. Parallèlement, la concurrence des métropoles des marchés émergents comme Singapour ou Shanghai se fait toujours plus vive. 

Et puis, l’âge d’or où l’expatrié jouissait d’un statut exceptionnel est révolu. Les multinationales contrôlent leurs coûts au plus près et rognent sur le traitement offert à leurs émissaires à l’étranger. Les entreprises refusent de plus en plus souvent de financer l’accompagnement par la famille lors de missions de longue durée. Elles rechignent à payer deux à trois fois plus pour un expatrié que pour un employé standard. Conséquence, les collaborateurs travaillant à l’étranger sont de plus en plus amenés à signer des contrats locaux, beaucoup moins avantageux.

Ce système implique que le salarié reste pour une plus longue durée et qu’il n’a plus la garantie de récupérer un travail à son retour. Signant dès lors lui-même son bail, il est percuté de plein fouet par des prix des loyers helvétiques comparativement exorbitants. Dans ce contexte, la hauteur de coût de la vie devient simplement rédhibitoire.  

Face à cette perte d’attractivité, quels moyens d’action reste-t-il à la Suisse? Essentiellement la communication. Pour pallier l’effet dévastateur de votations anti-étrangers répétées pour la réputation du pays, les collectivités attachées à la présence d’expatriés feraient bien d’investir dans de salutaires campagnes, habilement ciblées. 

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