Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

JARDINS / Sceaux a reconstitué les "broderies" de Le Nôtre

C'est le temps des châteaux. Chaumont-sur-Loire en a fait son fonds de commerce. Son Domaine accueille chaque années des artistes pour dialoguer avec la nature. La chose ne manque pas d'ambitions, même si les "interventions contemporaines" commencent à me courir sur le système. Il y en a trop, et partout. Les yeux ont parfois besoin de repos. 

Pas de risque, cependant, de trouver de telles irruptions dans le parc de Sceaux. La minuscule commune (3,6 kilomètres carrés) de la grande banlieue parisienne respire l'opulence sage. La discrétion aussi. A côtés des sonnettes sur les portails des villas-bunkers, vous ne trouverez ainsi aucun nom. On reste ici chez soi et entre soi. La chose n'empêche pas le parc d'accueillir deux millions de visiteurs par an, les habitués consistant en joggers essoufflés comme des locomotives. Une vision très années 1970. Les visages apparaissent si crispés que j'espère que la chose plutôt mauvaise pour la santé.

Un parc immense

Le parc entoure un château, assez vilain, construit vers 1850 pour remplacer celui des Colbert, qui avait fini sous forme de carrière après la Révolution. Il abrite le Musée de l'Ile-de-France. Les promeneurs lui préfèrent les 180 hectares de bois, d'allées, de cascades et de parterres (dont 60 se trouvent en fait sur le territoire d'Antony). Le département des Hauts-de-Seine, créé après la loi de 1964, lui consacre en effet tous les soins. Il a même agrandi récemment le domaine en reprenant le petit Château remontant, lui, au XVIIe siècle. Diverses expositions s'y déroulent, comme dans les anciennes Ecuries ou à l'Orangerie de l'architecte Mansart (1686), aujourd'hui en restauration. 

C'est au Petit Château et au grand que se déroule ainsi la moitié de la présentation actuelle, dédiée ce printemps aux dessins du Musée des Beaux-Arts d'Angers, "De Rubens à Delacroix" (jusqu'au 29 juin). Une jolie manifestation, avec de bonnes feuilles anciennes. Parmigianino, Poussin, David... Mais ce n'est pas d'elle que j'entends parler aujourd'hui. Le regard est en effet attiré par la reconstitution des aménagements d'André Le Nôtre, dont la France a célébré les 400 ans de la naissance en 2013. Une entreprise ruineuse. Il a d'abord fallu arracher les tapis de gazon aménagés il y a quelques décennies. Puis recréer les "broderies" de buis et de gravier coloré d'après des documents d'époque.

Entretien ruineux 

Les jardiniers et les gens du patrimoine ont bien sûr dû pratiquer des choix. Comme un bâtiment, un parc se voit constamment modifié. Le parti adopté est le plan de 1683. Le plus ambitieux. Les Colbert s'y croiraient. La restitution, commencée en 2012, inaugurée en septembre dernier et visible aujourd'hui sur fond d'arbres verts se révèle parfaite. Il n'y aura plus maintenant qu'à entretenir, ce qui se révèle souvent le plus dur. Mais le département, qui se bat aujourd'hui pour ne pas disparaître, victime des fusions annoncées, est riche. Très riche. 

Pendant ce temps, ce sont les mécènes privés qui doivent venir au secours de Versailles, dans les Yvelines, département nettement plus frappé par la crise et la pauvreté. Le monument national par excellence voit ainsi restaurer le bassin de Latone, resté presque dans son état d'origine louis-quatorzien. C'est une fondation créée par la banque Lombard Odier de Genève qui s'en charge. La fin des travaux est prévue pour 2015. Pour l'instant, il s'agit d'une plaie béante dans un parc qui a bien du mal à se refaire une beauté. Patience, patience...

Pratique

Parc de Sceaux, ouvert en juin et en juillet tous les jours de 7h à 22h. En août jusqu'à 21h. L'accès au Petit Château se fait au 9, rue Docteur-Berger ou par le parc. Tél. 00331 41 87 29 50. Photo (DR): Les nouveaux parterres, qui remplacent les grandes pelouses vertes.

Prochaine chronique le vendredi 13 juin. Tout sur la "Biennale de l'architecture" à Venise, qui vient d'ouvrir.

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