Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

JARDINS/L'Angleterre s'offre une année "Capability" Brown

Crédits: DR

La France s'était offerte en 2013 une année André le Nôtre (1613-1700) pour marquer les 400 ans de la naissance du paysagiste. Il y avait notamment eu une grande exposition au château de Versailles, qui reste sa création majeure en dépit d'innombtables modifications, allant toutes dans le sens de la simplification. La nature prend en effet sans cesse sa revanche sur les géométrisations que le génial jardinier de Louis XIV (et la seule personne par qui le roi supportait d'être familièrement embrassé sur les deux joues) lui a fait subir. Notez que les canalisations en plomb de certains bassins du XVIIe siècle tiennent toujours! 

En 2016, l'Angleterre peut aujourd'hui offrir, en toute symétrie, une année «Cabability» Brown, vu que l'auteur de ses plus célèbres parcs est né le 9 août 1716. Si leurs oeuvres apparaissent violemment antagonistes, puisque le Britannique se fera l'apôtre d'une nature idéale, construite de toutes pièces, les deux hommes ont connu la même gloire. Imité dans toute l'Europe (les jardins «à la française» les mieux conservés se trouvent en Allemagne). Le Nôtre est devenu très riche. Sa fabuleuse collection de tableaux sera léguée à la Couronne. C'est une des bases du Louvre actuel. Lancelot «Capability» Brown, qui gagnait à ses débuts 25 livres par an, ce qui semblait déjà bien à l'époque, finira ainsi par avouer 6000 livres de gages par an, en additionnant les commandes reçues. Ses fils se verront du coup éduqués à Eton.

Entre 170 et 250 jardins 

Le Nôtre a beaucoup produit. Pour Brown, c'est l'avalanche. On lui attribue entre 170 et 250 domaines. Certains sont célèbres, comme Hampton Court (1), Blenheim Palace, Stowe House, Holkham Hall, Warwick Castle ou Chatsworth. Là, les choses sont à peu près sûres. Pour le reste, il subsiste des incertitudes. Brown, dont le bureau sera repris par l'un des fils après sa mort en 1783, n'a pas laissé d'archives. Un des buts de l'année est de faire le ménage. Que lui revient-il vraiment? Quelles sont les créations de ses suiveurs, voire de ses imitateurs? Notons que Brown a aussi connu des prédécesseurs. William Kent (1685-1748), par exemple, à qui le Victoria & Albert Museum de Londres a récemment rendu hommage. 

Il existe donc sur l'homme un programme central, dont le détail peut se découvrir sur www.capabilitybrown.or,g où l'internaute découvre les résidences qu'a embellies Brown, non sans casser souvent des jardins «à la française» s'y trouvant déjà. Leur mode avait pâli. L'entretien se révélait ruineux. Même Louis XV n'y parvenait plus. Avec Brown, il y avait certes les investissements de départ, avec les rivières artificielles, les collinées inventées de toutes pièces, les haies d'arbres et quelques bâtiments allant du faux panthéon romain au pont palladien. Mais les choses pouvaient ensuite suivre leur cours. La preuve! Plus de 170 parcs, tous situés en Angleterre sauf un au Pays de Galles, ont survécu. Certains ont été, si j'ose dire, un peu dénaturés. Citons Kew Gardens, transformé en jardin botanique. Mais des miracles se révèlent possible. Burghley House, dans le Lincolnshire, vient ainsi de retrouver son aspect du XVIIIe siècle (www.burghley.com).

On peut presque tout visiter 

La plupart des domaines où «Capability» Brown a travaillé se visitent. Ce n'est par pour rien que l'opération est menée avec, au départ, 911.100 livres de l'Heritage Lottery Fund. De nombreux lieux sont ouverts au public par leur propriétaires, souvent désargentlés (du moins par rapport à 1760). D'autres appartiennent au National Trust, organisation privée dont l'équivalent existe en Italie (Fondo Ambiente Italiano, ou FAI), mais hélas pas en France. Ceci dit, tout voir prend du temps. Je conseillerais la belle saison. Il faudra alors remonter de l'île de Wright, où se trouve Appuldurcombe, pour arriver au nord à Alwick Castle, près de la frontière écossaise. 

(1) Le jardin à la française de Hampton Court a été reconstitué à l'initiative de la Couronne, il y a quelques années. 

Photo (DR): Blenheim Palace, l'immense demeure de Marlborough, et où est né Winston Churchill. Tout a été inventé par «Capability» Brown, rivière et île comprises. 

Texte intercalaire.

 

 

 

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