Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Janet Yellen dans: "The Force Awakens"... Mais un peu tard?

Comme le consensus l’anticipait, Janet Yellen a annoncé une remontée des taux de 25bps mercredi dernier, la première hausse depuis 10 ans. Les marchés actions ont réagi positivement à l’annonce, le S&P500 finissant en territoire positif sur l’année. Mais les choses pourraient vite se compliquer.

Les marchés ont particulièrement apprécié :

-           La confiance dans l’économie américaine: «Avec une économie qui se comporte bien et qui devrait continuer à le faire, le comité a jugé qu’une hausse modeste de l’objectif des Fed Funds est maintenant appropriée.»

-           La confiance sur le retour de l’inflation: «Raisonnablement confiant dans le fait que l’inflation progressera à moyen terme vers son objectif de 2%.»

-           La hausse sera graduelle: «Même après cette hausse, la politique monétaire reste accommodante» et son resserrement serait «progressif» en fonction de l’évolution de l’inflation.

Les mots «confiance» et «inflation» ont été les plus utilisés par la présidente de la FED. Il faut souligner également que les fameux DOT ont été maintenus à 1.375% pour fin 2016 impliquant 4 nouvelles hausses de taux… Afin de faire bouger les taux dans son sens, la FED proposerait de céder jusqu’à 2.000 Md$ de titres en repos, un montant élevé qui illustre sa détermination à faire grimper ses taux dans la fourchette prévue. 

Si Yellen a refusé toute approche quantitative systématique pour les prochaines hausses de taux, que veut dire le mot «graduel»?

Que les marchés effectuent un rebond technique m'a surpris, et le contexte de cette hausse de taux m'incite à la prudence, surtout quand un banquier central répète plus de 50 fois le mot «confiance» en parlant de ses anticipations…

Si une hausse au mois d’août aurait été compréhensible, l’annonce mercredi dernier est arrivée alors que le S&P 500 retrouvait ses plus hauts, et que la macro se détériore dans certains domaines.

Mais le timing n’est-il pas tardif ou pire encore, mauvais? Voici plusieurs éléments que je souhaite partager avec vous :

1 - La volatilité des marchés. C’est la première fois depuis l’année 2000 que la FED monte les taux avec un VIX au-dessus des 20… cela s’est mal fini.

 

2 – Les marchés émergents. La dévaluation du Yuan a débuté pesant sur les pays voisins et Fitch a annoncé mercredi soir la dégradation à Junk de la note du Brésil avec un outlook négatif. C’est la deuxième agence de notation à avoir dégradé le pays. Les investisseurs ont retiré 500Mds$ des marchés émergents en 2015, soit le premier outflow sur une décennie. Si le relèvement des taux s’accompagne d’une hausse du dollar, l’environnement va devenir très compliqué pour des pays comme la Russie, la Turquie et le Brésil. La dette de certains pays (et sociétés) émergents pourrait devenir insoutenable surtout dans un contexte de récession et de chute des cours des matières premières. Mais la chute de certaines monnaies émergentes vs l'USD serait aussi dévastateur.

 

3 – Le Pétrole. La Fed est "confiante" sur ses perspectives d’inflation... Il est intéressant de regarder le graphique de l’évolution du WTI mercredi soir, à l'heure de la conférence de Yellen.

Depuis plusieurs semaines, les traders sur le pétrole envoient des messages alarmants et la pression s’accélère. Si nous mettons ensemble les dernières nouvelles macro et géopolitique ayant un rapport avec le pétrole, je trouve la FED très optimiste concernant sa « confiance » sur la hausse de l'inflation…

-           L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a décidé la semaine dernière de clore son enquête qui cherchait à établir si l’Iran avait tenté, par le passé, de se doter de l’arme nucléaire. L’AIEA apporte ainsi son soutien à l’accord conclu en juillet entre la République islamique et les grandes puissances.

-           Les parlementaires américains ont mis fin à 40 ans de restriction sur les exportations de pétrole américain.

-           EIA a annoncé que les stocks ont augmenté de 4.8 millions de barils la semaine dernière. Le consensus attendait une baisse de 1.5 million de barils.

-           Moody’s a baissé ses attentes sur le prix du baril en 2016 de 53$ à 43$ pour le Crude et de 48$ à 40$ pour le WTI.

Mercredi dernier, alors que la Fed montait les taux avec toute la « confiance » nécessaire dans la résurgence de l’inflation, le Brent a fini en baisse de plus de 3% et le WTI a plongé de plus de 4%. Nous devons garder en tête que le franchissement à la baisse de la zone 35/36$, pour le Brent, entraînera un sell-off. Or nous avons testé cette zone dès vendredi soir. 

 

4 – Le crédit. La FED n’est pas la seule responsable de cette potentielle perte de contrôle du marché du crédit, mais le cycle de hausse des taux pourrait accélérer les choses. La chute des cours du Gaz Naturel sur des plus bas depuis 1999 et l’accélération du plongeon des cours du baril, depuis la réunion de l’OPEP du 4 décembre, poussent certains sous-secteurs du crédit dans le rouge.

D’ailleurs, le plus difficile est de trouver des compartiments du crédit dans le vert depuis le début de l’année…

J'ai souvent insisté depuis cet été sur le dérapage du crédit comme catalyseur d’une correction généralisée des marchés. En plus des performances négatives de la quasi-totalité des compartiments du crédit high yield US, l’accélération de la dégradation des notes des sociétés se situant juste au-dessus de Junk est un signe des plus inquiétants.

Les obligations High Yield traitent d'ailleurs sur des plus bas depuis la crise de Lehmann.

Si la « Force » est puissante dans la famille de la FED, Yellen en tentant de garder sa «crédi – bilité» a peut-être perdu son «credit – market».

In fine, depuis la réunion de la BCE, les marchés commencent juste à intégrer que les banquiers centraux ne sont plus les Chevalier Blanc volant perpétuellement à leur secours. Il faut souligner que le Japon est également touché par la prise de consience des certains investisseurs. La réaction du marché japonais vendredi a été symptomatique. Alors que la BOJ annonça étendre son QE de 80TnYen par 300BnYen, le Nikkei s'est replié de 1.9%...

 

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