Langlo Jan

DIRECTEUR DE L'ASSOCIATION DE BANQUES PRIVÉES SUISSES

Jan Langlo est titulaire d’un brevet d’avocat au barreau de Genève et d’un diplôme d’expert fiscal. Il a débuté sa carrière de fiscaliste auprès de Lenz & Staehelin, puis au sein de l’étude Oberson & Associés avant de rejoindre le Groupe Pictet en 2007 en tant que conseiller juridique et fiscal. Au bénéfice d’une grande expérience dans le domaine fiscal, Jan Langlo a rejoint l’Association de Banques Privées Suisses en janvier 2014 en qualité de Directeur adjoint. Depuis le 1er juillet 2015, il occupe le poste de directeur de l’ABPS, où il oeuvre à la défense politique des intérêts des banques actives dans le domaine de la gestion de fortune. Il exerce en parallèle le mandat de Secrétaire général de l’Association des Banquiers Privés Suisses. Jan Langlo siège au sein de diverses commissions et groupes de travail de l’Association suisse des banquiers.

L’émotion avant la raison

Quel lien entre l'initiative contre le mitage et l'accord-cadre avec l'Union européenne ? Le recours aux émotions plutôt qu'aux arguments. Et derrière, un vrai choix de société entre croissance et décroissance.

Notre démocratie directe est formidable. Nous passons de consultations en campagnes de votations plusieurs fois par année. Ainsi, tout le monde peut s’exprimer, sur une foule de sujets. Evidemment, pour se faire entendre, il faut simplifier les messages, et surtout susciter des émotions. Mais l’émotion ne devrait être qu’une accroche ; elle ne doit pas se substituer au cœur du débat, qui doit porter sur des arguments concrets.

Actuellement, ce phénomène touche deux grands sujets : l’initiative contre le mitage et l’accord institutionnel avec l’Union européenne. La première est le seul objet fédéral de la votation du 10 février prochain. Elle veut protéger les espaces verts en Suisse, qui disparaîtraient au rythme de 1m2 par seconde. On construit l’équivalent de 2700 terrains de football par an ! Affolant, non ? Mais faites les calculs : la première proposition aboutit à un peu plus de 30 millions de m2 par an, la seconde à même pas 20 millions (avec des stades internationaux de 105m. par 68m., pour les puristes). Cela vous paraît toujours énorme ? Convertissez en km2 : de 20 à 30 km2 par an. Combien la Suisse en compte-t-elle ? 41 285 km2, dont 35% de surfaces agricoles et 31% de surfaces boisées, et moins de 8% de surfaces d’habitat et d’infrastructures, selon le Blick (le reste est « improductif », selon la terminologie officielle : lacs, montagnes). Alors, toujours aussi affolant ?

L’autre grand sujet d’actualité, c’est l’accord institutionnel qui a été négocié durant plus de quatre ans avec l’Union européenne. Le Conseil fédéral mène une grande consultation à son sujet. Certains le disent « mort-né », en raison de l’opposition conjointe des syndicats et de l’UDC. Les premiers refusent que l’on touche un cheveu des mesures d’accompagnement mises en place pour éviter un « dumping salarial » par les sociétés étrangères qui envoient leurs salariés accomplir des travaux en Suisse. Mais d’après une analyse économique d’Avenir Suisse, « les travailleurs titulaires d’une autorisation de courte durée travaillent environ 9 millions d’heures, ce qui équivaut à 27’600 emplois à plein temps, soit à peu près l’équivalent de l’effectif des CFF. Cela représente à peine 0,7% de l’emploi en Suisse. […] Personne ne prétendrait que des bas salaires hypothétiques des employés des CFF pourraient avoir une incidence sur la structure des salaires en Suisse. » A comparer avec les 750 000 emplois à plein temps qui dépendent des échanges avec l’Union européenne.

L’UDC et tous ceux qui pensent comme elle s’offusquent aussi que l’Union européenne veuille nous imposer d’appliquer les mêmes règles qu’elle. C’est oublier que dans les cinq domaines couverts par l’accord institutionnel, et notamment celui des obstacles techniques au commerce, la Suisse s’adapte volontairement depuis 20 ans au droit européen, tout simplement pour pouvoir exporter un demi-milliard de francs de marchandises par jour vers l’Union européenne sans tracas administratifs et à moindre coût. L’accord institutionnel permettrait aussi à la Suisse de pouvoir participer à l’élaboration du droit européen, et le tribunal arbitral garantirait bien plus la sécurité juridique que les actuelles menaces de l’Union européenne de ne plus mettre à jour les accords existants.

Au final, au-delà des émotions, ce sont bien deux visions de la société qui s’affrontent au travers de ces deux sujets (comme à travers d’autres) : veut-on poursuivre sur la voie de la croissance, en acceptant et gérant les inconvénients qu’elle génère, ou veut-on repartir en arrière ? Il est intéressant de rappeler à cet égard que la Constitution fédérale prévoit que la Confédération et les cantons « veillent à sauvegarder les intérêts de l'économie nationale et contribuent, avec le secteur de l'économie privée, à la prospérité et à la sécurité économique de la population. »

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