Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

The Rise of the Machines & Ghosts

Connaitre le prix de tout et la valeur de rien : le règne des machines dans les flux financiers modernes pourrait bien provoquer un "black swan".

Si les banques centrales ont faussé toutes les principales règles dictant les mouvements des marchés financiers, le trading algorithmique est le nouvel agent qui agit en une nanoseconde dans le monde entier sur toutes les classes d'actifs.

Lorsque j'étais chez JP Morgan Investment Bank au début de ce siècle, nous dépensions des dizaines de millions de dollars par an pour améliorer notre capacité de négociation algorithmique. C'était une course et Lehman Brothers était l'une des meilleures dans ce domaine. Les banques d’investissement n’étaient pas folles de dépenser ces sommes colossales. Après l'explosion de la bulle Internet, les volumes ont fini par considérablement augmenter à l'aube du règne de la gestion passive. De plus, les CTA, les fonds hybrides et les stratégies Risk Parity ont achevé de former la cohorte des fans d’Algo Trading.

Malheureusement pour nous, les banques d’investissement n’ont jamais cessé de développer leurs capacités de négociation via les Algos après la crise des subprimes. Après 2008, les volumes se sont effondrés, mais les banques, les gestionnaires d’actifs, les hedge funds ont déployé une armée de machines capables de gérer des volumes gigantesques qui n’existaient plus. À ce stade, la complexité n’était plus l’axe principal de développement. Les investissements se sont concentrés sur la vitesse.

Après 2010, certains fonds spéculatifs ont commencé à utiliser des algorithmes de détection d'algorithmes. Vous connaissez Star Wars? Le jeu est le même. Si vous pilotez à la vitesse de la lumière, les autres vaisseaux semblent au ralenti. Les banques d’investissement, ou des développeurs dédiés, ont construit des Algos puissants et rapides (je les appelle Algo Alpha) pour certains des hedge funds. Dans le même temps, les gestionnaires d'actifs utilisaient déjà des Algos, mais plus lent et pas forcement très “puissant" (je les appelle Algo Beta, sans jeu de mot...). Dans cette guerre des machines, le gagnant est le plus rapide et le plus “intelligent". Certains Sniffers (les Alphas) ​​traquent et obligent les Betas à diverger pour générer des gains...

Mais le plus effrayant vient des Ghosts (fantômes). Pour résumer, les algorithmes génèrent des ordres pour remplir les carnets, mais ces ordres sont principalement “fake". Comme les fantômes, ils disparaissent lorsque la lumière est allumée, et pour revenir à notre sujet, lorsqu'un événement augmente le risque sur les marchés ou menace leur stratégie.

Le principal problème réside dans la popularité des Algos. Ils représentent plus de 70% des volumes du marché américain, mais pas seulement là-bas ...

En lisant ces commentaires, vous ne devriez pas être surpris de voir le risque algorithmique classé comme premier risque en 2019 par Deutsche Bank...

Gardez à l'esprit que le premier incident de marché, généré par des programmes, a eu lieu le "lundi noir" en 1987. Les ordinateur avaient passé un week-end à évaluer la situation et lancer des ordres pour “couvrir” les pertes des portefeuilles générées par le Black Friday.

In fine, l’un des autres risques concomitant est la jeunesse des traders. Peu d’entre eux ont traversé des crises financières et ils sont souvent plus proches de programmeurs que de Traders. Ils pourraient facilement rester en pilote automatique, laissant leurs Algos «au travail» en cas de crise, cf les alertes de nombreux responsables de banques d’investissement à New York et du régulateur américain.


L’indice de volatilité, VIX, est le témoin des effets du trading algorithmique et ceci dès 2010 avec un flash crash...

Si le sujet vous intéresse, je partage avec vous un très bel article du Wall Street journal : The herdlike behavior of computerized trading

Pour conclure, la liquidité fantôme générée par les algorithmes et l’effet moutonnier de ces programmes sont des dangers qu’un investisseur moderne ne peu plus ignorer.

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