Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Eloge de l'énergie positive

Le niveau d’énergie d’un leader peut s’avérer un élément clé de dynamisation des équipes et des performances. Par énergie, nous entendons la force puissante et complexe qui polit, jour après jour, une entreprise ou une organisation efficace et impactante. Il ne s’agit pas tant de la personnalité ni du charisme d’un leader que de sa capacité à se concentrer sur la stratégie, sur la gestion de son temps et sur la motivation de ses équipes. L’origine grecque du mot énergie signifie d’ailleurs force en action.

Un leader terne, technocratique, cynique, enfermé dans sa tour d’ivoire et concentré uniquement sur le bottom line va générer beaucoup moins d’énergie positive, voire d’enthousiasme, qu’un dirigeant empathique, visionnaire, ouvert aux autres, communiquant et motivant ses collaborateurs. La différence essentielle se situe à son degré d’énergie et à la viralité de sa transmission. Des études ont d’ailleurs démontré que l’empathie et la chaleur humaine d’un collaborateur augmentent sa capacité d’influence au sein d’une organisation.

Je me souviens d’une conférence donnée à Londres par Frank Maguire, célèbre homme d’affaires et conférencier américain qui a conseillé plusieurs présidents à la Maison Blanche. Il résumait le niveau d’énergie d’un leader avec sa formule des « 3 E » : Energy (avoir soi-même de l’énergie), Energise (motiver les autres) et Execute (décider). On pense ici à Nelson Mandela ou à Jeff Bezos. Le leadership communicationnel est ainsi tout un art. On peut y rajouter les trois objectifs premiers de la communication, à savoir convaincre, pour obtenir des résultats; partager, pour animer des équipes performantes; et séduire, pour plaire. Le leadership et la communication sont effectivement intimement liés. Ainsi, la manière dont un leader crée, amène et gère de l’énergie au sein de son organisation permet de faire la différence entre produire une performance de haut niveau ou manquer son objectif. Diriger une entreprise, aujourd’hui, équivaut à pratiquer un sport de haut niveau. 

La gestion de l’énergie n’est bien sûr pas l’apanage unique du CEO, mais le rôle de ce dernier consiste à se connecter, influencer et mobiliser des collègues souvent dispersés aux quatre coins de la planète, en créant de l’enthousiasme et de la confiance. C’est d’autant plus important, à l’ère des réseaux sociaux, que les gens ont davantage tendance à faire confiance en leurs pairs qu’en leurs dirigeants. 

Une récente étude du Boston Consulting Group (BCG) auprès de cinquante patrons, intitulée Good vibrations. The CEO’s practical guide to create and amplify energy, démontre que la plupart des dirigeants interrogés estiment que la gestion de leur énergie est l’un des aspects les plus importants de leur activité. Il y a ainsi quatre dimensions clés dont un leader doit être conscient. 

  1. L’énergie est contagieuse. L’énergie d’un leader se répand dans l’organisation comme un fluide positif. Il faut savoir élever son niveau d’énergie à bon escient et au bon moment, ou au contraire l'abaisser dans d’autres circonstances. Personne ne peut être sans cesse à 100%, sous peine d’épuiser ses équipes. Certains CEO considèrent même leur job comme celui d’un Chief Energy Officer. Un leader doit ainsi être attentif au niveau d’énergie qu’il met dans ses actions et ses discours, en trouvant la bonne mesure. En situation de crise, un leader calme et mesuré va générer de l’énergie positive autour de lui. A l’inverse, un dirigeant en mode de panique va déstabiliser son entourage et créer de l’insécurité. 

  2. L’énergie crée de la valeur. Un leader énergique va stimuler et libérer l’audace des collaborateurs, créer des opportunités, augmenter le dynamisme de l’organisation, et encourager la gestion du changement ainsi que la capacité d’adaptation. Ainsi, l’énergie est étroitement liée au degré d’engagement et d’alignement des collaborateurs autour de projets communs. Cela revigore et développe la culture d’entreprise, de haut en bas et de bas en haut. Un CEO qui transfert son énergie positive à ses collègues leur fait vivre une expérience contagieuse et stimulante. L’énergie consiste également à surmonter la complexité des problèmes et des projets en les présentant de manière constructive et en montrant la voie vers le succès, dans le cadre d’une vision commune.

  3. L’énergie est une chorégraphie. Un dirigeant doit adapter son niveau d’énergie et orchestrer sa gestion du temps comme une chorégraphie : circonstances, mise en scène, casting, audience, gestion des acteurs et préparation. Certains proches collaborateurs préfèrent ainsi les réunions en tête-à-tête qu’en groupe. Il faut donc identifier les activités qui permettent de donner de l’énergie ou de prendre de l’énergie. Montrer de la curiosité et de l’intérêt aux projets de ses collaborateurs est un moyen de les motiver. L’ergonomie d’une salle pour un meeting est importante : un dispositif en théâtre invite davantage à l’échange. La préparation est également primordiale : travailler et répéter les messages clés pour augmenter sa capacité d’influence et son impact permettent de donner de l’énergie. Si les acteurs positifs relaient l’énergie su sein d’une organisation, il faut aussi savoir identifier et circonscrire les acteurs négatifs, considérés comme des « vampires d’énergie ».

  4. L’énergie doit être mesurée. Un CEO doit être capable de savoir comment son énergie est perçue par ses collègues et par l’ensemble des parties prenantes. Lors d’une conférence, un dirigeant doit pouvoir lire la communication non-verbale de son auditoire en observant les visages et le langage des corps, et en analysant la nature des questions posées. La pratique du feedback est essentielle pour mesurer l’impact du niveau d’énergie d’un leader. Ne pas avoir de feedback équivaut à demander à Roger Federer de jouer au tennis dans le brouillard ! Certains CEOs savent qu’ils doivent se ressourcer de manière optimale pour conserver le bon niveau d’énergie - en faisant du yoga, du sport, en lisant, en se retrouvant en famille. Les dirigeants performants savent qu’ils ne peuvent pas transmettre leur énergie positive 24h par jour, sept jours sur sept, et il faut savoir identifier les moments de diffusion d’énergie durant une journée.

Le niveau d’énergie positive d’un leader est ainsi un élément aussi important que ses compétences pour motiver ses équipes et construire une organisation performante. Comme l’a dit Benjamin Franklin : « L’énergie et la persévérance conquièrent toutes les choses... ».

 

 

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