Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ITALIE/Un Allemand dirigera les Offices, un Français Naples

Il est Allemand. Il a 47 ans. Il possède ce qu'on aurait jadis appelé «une bonne bouille». Eike Schmidt est depuis quelques jours le nouveau directeur des Offices à Florence. Je vous avais annoncé, il y a peu, que la nomination de 20 nouveaux directeurs pour les plus grandes institutions muséales italiennes arrivait à bout touchant. Eh bien, c'est fait! 

Tout ne se passe bien sûr pas dans la bonne humeur universelle. La révolution voulue par le ministre des Biens culturels Dario Franceschini entend régler d'un coup une situation pour le moins pourrissante. Ce qui reste dans les gencives des Italiens est surtout le nombre d'étrangers désignés. Sept, alors qu'il n'y avait que 80 candidats venus de France, d'Allemagne ou d'Angleterre sur quelque 1200 postulants. Il faut dire aussi que c'était la première fois que le concours se voulait international, d'où l'intérêt de grosses pointures.

Le plus jeune élu a 34 ans 

Eike Schmidt était jusqu'ici à Minneapolis. Rien à voir curieusement avec la peinture. Il s'y occupait de sculptures (notez qu'il y en a aussi aux Offices) de tissus (là, il n'y en a pas) et d'arts décoratifs (ce n'est pas non plus le style de la maison). Mais il jouit d'une bonne réputation. Inutile de préciser que le lauréat exulte. Il pensait «au mieux recevoir la Villa Borghese», qui est finalement allée à Anna Coliva. Eike a en plus le temps pour lui. A 47 ans, l'homme peut espérer faire avancer les choses dans un pays sur-administratif, où elles bougent lentement. 

Parmi les autres élus figurent Sylvain Bellenger, grand spécialiste du néo-classicisme. Il se voit désigné pour Capodimonte à Naples. James Bradburne hérite du bien malade Brera de Milan. Paola Marini se voit retenue pour la non moins mal portante Accademia de Venise. Dans le domaine du contemporain, Cristiana Collu a décroché la timbale. Elle reprend le Museo d'arte moderne a contemporanea de Rome, un beau lieu, hélas vide de visiteurs. Le cadet de cette volée s’appelle Gabriel Zuchtriegel. Il s'occupera, à 34 ans, du site de Paestum. On lui souhaite bonne chance.

Des buts louables

La presse italienne prend acte de tout cela avec philosophie. Aux grands maux, les grands remèdes. Il faut dire que la commission scientifique chargée de trancher semble au-dessus de tout soupçon. Et si la corde nationaliste grince un peu, on peut dire que les les étrangers se révèlent très nombreux aux États-Unis, au Canada ou en Suisse. C'est quelquefois pour le meilleur (Christoph Becker au Kunsthaus de Zurich), quelquefois pour le pire (ici, je m'abstiens). Le but est après tout de mettre au niveau international des institutions italiennes dont les collections sont souvent sublimes. Comment protester contre les idées d'élargir les horaires d'ouverture (pourtant déjà copieux), de valosiser les fonds, de lutter contre les mouvements sociaux inopinés, de réaménager les locaux ou... mais il faut bien en passer par là, de développer les produits dérivés? Photo (DR): Eike Schmidt, l'Allemand qui passera de Minneapolis aux Offices.

Texte intercalaire.

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