Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Israël-Palestine: pour en finir

Ça va durer longtemps encore ? Dix, vingt années ? Cinquante ? Un siècle ?

Avec une régularité de métronome, tous les trois ou cinq ans, la cicatrice israélo-palestinienne s’infecte et saigne. Assassinats réciproques. Puis les missiles téléguidés répondent aux roquettes imprécises. Femmes et enfants dans les abris, ou déchiquetés. Œil pour œil. Jusqu’à l’apaisement provisoire. Jusqu’à la prochaine fois…

Cette mécanique monotone est par ailleurs rythmée, selon une cadence un peu plus lente, par la relance de ce qu’on appelle le «processus de paix» dont chacun sait (sauf John Kerry ?), au moment où des pourparlers commencent, qu’ils n’aboutiront pas. Les enjeux et les paramètres de la négociation sont pourtant bien connus, et même les compromis possibles : frontières corrigées, Jérusalem double capitale, solution acceptable au problème des réfugiés (aménagement du «droit au retour»).

Mais l’entreprise capote toujours dans la même impasse : les colonies en Cisjordanie ou, pour ne pas faire de jaloux, les implantations en Judée-Samarie, inacceptables pour les Palestiniens, désirables pour les rêveurs d’Eretz Israel, voulues par la Knesset depuis 1967.

Il y a une manière d’échapper à cet engrenage d’échecs. Comment ? Les Palestiniens doivent adopter les colons.

Bon, je sens que vous avez sursauté, ou que vous vous grattez la tête : «Il est fou ?»

OK. Explications.

Depuis que l’Occident a promis un foyer national aux Juifs, depuis que l’ONU a créé leur Etat, Israël a vécu, jusqu’à la fin des années 80, sous une menace permanente de destruction. Il n’a dû sa survie qu’à la constitution de moyens militaires qui ont fait de lui aujourd’hui, dans la région, une puissance à peu près invincible. Cette position de force, née d’un besoin existentiel d’autodéfense, dicte une politique dont les Palestiniens font les frais, par des faits accomplis, sur le terrain, que personne n’est en mesure d’effacer.

Voilà pour le passé, depuis un demi-siècle et plus. Maintenant, regardez l’avenir, dans un demi-siècle ou plus : entre la mer et le Jourdain, sauf improbable massacre généralisé, les Israéliens et les Palestiniens vivront toujours, entremêlés, sur la même terre.

En paix ? C’est possible si le moule de la confrontation, dont on mesure ces jours encore les produits à Gaza, est brisé. Pour s’en extraire – avec des pressions extérieures recadrées – il faudra regarder en face, sans ciller, deux données aveuglantes :

• Israël ne pourra subsister comme Etat de droit et comme démocratie s’il continue d’exercer un pouvoir minoritaire sur une majorité hostile dans l’espace qu’il contrôle, de près ou de loin, par les armes.

• Personne ne pourra évacuer des colonies/implantations de Cisjordanie les centaines de milliers de juifs qui y vivent.

Equation impossible ? Pas sûr. Elle a une solution qu’on pourrait nommer «en miroir».

En Israël vivent aujourd’hui plus d’un million d’Arabes, musulmans et chrétiens. Ils sont citoyens israéliens et jouissent des mêmes droits, en tout cas sur le papier, que leurs compatriotes juifs. Il n’est pas question pour eux de quitter leur terre, même si naissait, en Cisjordanie et à Gaza, une Palestine indépendante. C’est par exemple ce qu’a toujours affirmé Ahmed Tibi, député à la Knesset après avoir été le très proche conseiller de Yasser Arafat. Ces citoyens arabes ont cependant, bien sûr, la liberté de quitter Israël.

En Cisjordanie vivent aujourd’hui plus d’un demi-million d’Israéliens. Ils y sont venus à la faveur de la guerre et de l’occupation, mais beaucoup d’entre eux, la plupart sans doute, estiment avoir des droits, historique, biblique sur cette terre où ont vécu, il y a longtemps, leurs ancêtres. Ils sont désormais trop nombreux pour en être chassés, et ils devraient obtenir le droit d’y demeurer : comme citoyens, juifs, d’une Palestine indépendante, exactement comme les Arabes, de l’autre côté de la frontière de 1967, sont citoyens d’Israël. Ils auraient aussi la liberté, bien sûr, de s’en aller.

C’est sur ce principe «en miroir» que pourra être bâti un jour un compromis. Sa mise en œuvre nécessitera des étapes, des règles transitoires complexes d’établissement et de circulation, des corrections de frontières mesurées, et aussi un engagement international substantiel.

Mais y a-t-il une autre voie ? Il n’y en a pas. Ou plutôt si : la guerre.

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