Rosenstreich Peter

RESPONSABLE DES STRATÉGIES DE MARCHÉ CHEZ SWISSQUOTE BANK

Peter Rosenstreich est Responsable des stratégies de marché chez Swissquote Bank. Il a occupé différents postes dans plusieurs établissements bancaires aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Depuis 10 ans, il contribue régulièrement à de nombreux médias financiers internationaux, à l’instar de Reuters, Wall Street Journal, Bloomberg TV & Radio, Financial Times and CNBC.

Peter Rosenstreich est l’auteur de “Forex Revolution: an Insider's Guide to the Real World of Foreign Exchange Trading, aux éditions Financial Times Prentice Hall.

Il est diplômé d’un MBA du Baruch College, Zicklin School of Business, et d’un bachelor en histoire de l’université Clark, à Worcester dans le Massachusetts.

Investisseurs face au Brexit: quelle stratégie adopter?

Le compte à rebours pour le referendum sur le Brexit a commencé. A deux semaines du référendum, les sondages d’opinion se succèdent et se contredisent, donnant pour vainqueurs tantôt les partisans, tantôt les opposants à la sortie de l’UE. Les prévisions quant au résultat sont très incertaines : autant jouer à pile ou face ! Pour cette chronique, nous avons décidé de prendre l’hypothèse d’un vote en faveur du Brexit, car c’est là que se trouvent la plupart des risques pour nos clients. Et au-delà de l’impact sur la paire EUR/GBP, nous pensons que le franc suisse est une monnaie clairement exposée.

Pour l’euro, un Brexit serait catastrophique et pourrait provoquer l’effondrement de la monnaie unique. La seule chose qu’une monnaie possède réellement est sa crédibilité. Sans elle, elle n’a aucune valeur. Même si le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro, sa sortie ouvrirait certainement la voie au départ d’autres pays, qui eux, y appartiennent. Pour les investisseurs achetant des obligations souveraines, qu’arriverait-il si la Grèce ou même l’Allemagne décidaient de partir ? En cas de Brexit, nous anticipons une dépréciation de la monnaie unique de 10 à 15%.

Dans ce contexte, le franc suisse est une monnaie fortement exposée. A l’approche du référendum, les investisseurs européens voudrons protéger leurs actifs en achetant du franc, une couverture rusée et facile.  Si le Royaume-Uni reste en Europe, la monnaie helvétique s’affaissera légèrement, le risque politique étant déjà pris en compte. Par contre, si les partisans du Brexit l’emportent, la ruée hors de l’euro risque d’être massive. Les taux de dépôt négatifs en Suisse ne seront qu’un faible prix à payer pour éviter une dépréciation de 10%, voire plus, de la monnaie européenne. Le franc suisse est un refuge sûr idéal et risque d’en subir les conséquences.

La perspective d’une ruée déraisonnée vers le franc suisse crée bien du souci à la BNS. Les dernières statistiques montrent que le pays lutte encore contre une monnaie nationale surévaluée. Un fait qui se reflète dans la faible performance du SMI cette année. Un nouveau renforcement du franc suisse, alors même que les pays sont en proie à une guerre des monnaies pour protéger leurs exportations, serait désastreux. Dans le cas d’un Brexit ou d’un autre catalyseur qui ferait monter la monnaie helvétique, la BNS devra intervenir et l’a bien fait comprendre au marché.

Les interventions verbales et les interventions directes sur le marché des changes seront les premiers outils de la BNS pour défendre le franc suisse. Dans le passé, elles ont prouvé leur efficacité, mais dans un temps limité. Cependant, l’expansion considérable de son bilan au cours des dernières années ébranle quelque peu la crédibilité d’interventions « illimitées », dans la mesure où les ressources le sont clairement. Les taux négatifs auront de leurs côtés un effet dissuasif, mais seulement à moyen terme, et seront moins efficaces sur les achats de francs suisses liés à la panique. Un retour de flamme pourrait bien avoir lieu si les banques venaient à transférer les coûts des intérêts négatifs sur les épargnants, ce qui pousserait ces derniers à retirer leur cash pour éviter les charges.

Enfin, en dernier recours, et parce que les taux négatifs mettront du temps à faire effet, la BNS pourrait être amenée à introduire un contrôle des capitaux, pénalisant ceux qui détiennent du franc suisse à court terme. Cette mesure risque de remettre en question la réputation de la Suisse en tant que place financière stable et libérale. Tout compte fait, la BNS ne serait pas en mesure d’enrayer la forte appréciation du franc dans le cas d’un Brexit.

Sur notre plateforme de négoce thématique Themes Trading, nous suggérons deux stratégies défensives permettant aux investisseurs suisses d’esquiver des taux d’intérêt extrêmement bas, qui, quelle que soit l’issue du référendum, devraient le rester au moins sur les deux années à venir. Pour les plus téméraires, le thème « Swiss EM Corp Debt » rassemble des obligations d’états et d’entreprises des pays émergents libellées en francs suisses. Pour ceux souhaitant conserver un niveau de risque plus faible, le thème « Swiss Quality Debt » propose un portefeuille d’obligations d’entreprises suisses de haute qualité. L’achat de dette souveraine et d’obligation en francs suisses a l’avantage d’éliminer le risque de change et permet d’échapper à la volatilité ambiante. Le cours des obligations peut certes fluctuer mais tant qu’elles ne font pas défaut, de bons rendements peuvent être obtenus. Cette stratégie vaut mieux que de devoir payer votre banque pour garder votre argent !

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