Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Introductions en Bourse: la Suisse traîne des pieds

Le 28 septembre dernier, la société de technologie médicale vaudoise Symetis a annoncé reporter son introduction en Bourse (IPO) « jusqu’à nouvel ordre ». L’entreprise cite des « conditions de marché défavorables », voire « horribles ces dernières semaines ».

Nous pouvons facilement comprendre cette décision. En effet, si l’entreprise veut renforcer sa visibilité et consolider son bilan, une entrée en Bourse ratée envoie un signal très négatif en termes d’image et en termes financiers. De plus, la société ne récoltera pas les fruits de son IPO à travers un cours de bourse baissier et se retrouvera face à des marchés volatils.

Or, pour ne prendre que le SMI en exemple, depuis le mois d’août, il a baissé de plus de 11.5%. Par conséquent, les valorisations dans tous les secteurs ont subi des heurts notables et c’est ce point-là qui contrarie les plans de Symetis. Et le report de la société suisse n’est pas un cas isolé.

Sur l’ensemble de ces IPOs, au niveau mondial, près de 1% ont demandé un report de leur introduction. En effet, à l’inverse de la tendance que l’on peut observer dans les fusions-acquisitions, la valeur des introductions en Bourse est fortement à la baisse en Suisse (-22% sur 12 mois, selon Bloomberg, au 29 septembre 2015).

Au niveau mondial, cette tendance se vérifie aussi. En effet, si l’on excepte l’Asie (+20.1%) qui a clairement connu une bulle ces dernières années, le reste du monde est, au mieux, flat... au pire, très négatif (Europe +1.7%, Amérique du Nord -13.3%...). Les raisons sont bien évidemment diverses, mais il est certain que la récente dévaluation des sociétés cotées reste une des causes majeures.

En outre, cette année, le marché suisse a globalement été très calme en ce qui concerne les IPOs de grande envergure. La dernière grande IPO date de janvier dernier avec Sunrise. L’idée de Symetis était de lever 80 millions de francs. En ce qui concerne la dernière IPO médicale (secteur de Symetis), celle-ci date d’Ypsomed en 2004.

Quid du reste de l’année ?

L’économie mondiale est actuellement en train de subir de forts chocs. L’Asie a fait les gros titres de la presse économique à la fin du mois d’août, le secteur automobile est violemment touché par l’affaire Volkswagen, l’Europe poursuit son quantitative easing, la situation du marché de l’emploi aux Etats-Unis est compliquée…

La Suisse n’est pas un petit îlot. Elle également durement touchée par ces conditions économiques, de manière directe ou indirecte, en témoigne l’évolution du SMI, citée plus haut. De plus, le franc suisse est toujours très élevé, et ceci constitue un frein à la croissance de l’économie suisse, et par conséquent, retarde une embellie boursière helvétique. A l’inverse des fusions-acquisitions qui ont besoin de se nourrir de faibles valorisations, les IPO ont besoin d’une appréciation des marchés durable. Et, pour le moment, nous en sommes encore loin.

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