Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Industrie suisse: une robustesse trompeuse

L’envolée du franc qui s’échange autour de la parité avec l’euro a ravivé la peur de la désindustrialisation de la Suisse. Avec une part d’environ 20%, la contribution du secteur secondaire au produit intérieur brut reste élevée dans notre pays en comparaison internationale. L’Allemagne nous devance, mais la France et la Grande-Bretagne sont larguées.

Or, cette robustesse de l’industrie helvétique est trompeuse. Elle s’explique surtout par la puissance de la branche pharmaceutique, dont la croissance dépasse largement les autres activités et par le succès retentissant de l’horlogerie. A l’inverse, l’industrie des machines souffre, alors que le textile et l’habillement, le papier et le carton, les produits imprimés, les métaux, etc., reculent.

Autrement dit, la Suisse se spécialise dans l’industrie de pointe et délocalise à l’étranger les activités à faible valeur ajoutée. Sans la pharmacie et les montres, la Suisse continue de se désindustrialiser. Le récent démarrage de la production de capsules de café dans la nouvelle usine Nespresso de Romont (FR) ne doit pas occulter cette réalité. Certes, cette tendance n’est pas récente. Mais elle s’est accentuée entre 2008 et 2014 avec la forte appréciation de notre monnaie (de 1,60  franc à 1,20 franc pour 1 euro) et s’aggravera encore avec l’abandon de son taux plancher.

La présence d’une industrie forte est déterminante pour la place économique helvétique. De sa compétitivité dépendent beaucoup d’autres activités comme la recherche & développement, le marketing, le service après-vente, etc., au point que les frontières entre le secondaire et le tertiaire s’effacent. Ce changement de paradigme n’est pas pris en compte par les statistiques dont les définitions classiques des secteurs économiques faussent la perception de la réalité.

Rester compétitif

Dans les prochains mois, le bond du franc modifiera les circuits d’approvisionnement de l’industrie suisse. Pour tenter de conserver leur part de marché, les entreprises exportatrices et leurs sous-traitants devront améliorer leur compétitivité face à leurs concurrents dont les prix sont soudainement devenus plus attractifs. Un défi qui passe par une spécialisation accrue, le recours à des biens intermédiaires achetés dans la zone euro, des délocalisations d’activités à l’étranger et une diversification géographique accrue.

La force de la devise helvétique est un aiguillon qui pousse constamment les entreprises à se réinventer. Mais le succès des plus grandes d’entre elles dépendra toujours moins de celui de la place économique suisse.

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