Consultant

Après une carrière comme officier de renseignement, Yves Baeumlin a dirigé dans les années 90 la célèbre agence Kroll à Paris, pionnière de l’intelligence d’entreprise. Actif dans ce domaine depuis 1997 au sein de la société genevoise Redmont-Advisory SA, il fournit des informations stratégiques aux entreprises.

Industrie alimentaire: les scandales ne font que commencer

Les scandales de la viande folle ne sont pas terminés. A peine les enquêtes dévoilent de nouvelles informations que le suivant est déjà là.

En Allemagne, plus de 6'500 fermes agricoles ont été approvisionnées avec du maïs potentiellement cancérigène de Serbie. Des centaines de laiteries sont concernées. Quand le prochain scandale qui fera des morts arrivera-t-il? Il est déjà programmé…

Au-delà de l'aspect sanitaire pour le consommateur, on imagine le risque encouru par les entreprises d'un circuit industriel censé maîtriser tous les aspects de la gestion de crise lorsqu'un tel problème survient.

Chaque entreprise devrait établir un plan de gestion de crise adéquat pour savoir comment réagir le jour J et donner des instructions à leurs centres d'appel le jour où les consommateurs déséspérés se renseignent. Elle devrait aussi prévoir toutes les étapes pour fonctionner en période exceptionnelle et les mesures à prendre pour circonscrire les effets dévastateurs sur l'image de la marque. Les risques auxquels elle expose potentiellement ses clients doivent être connus et maîtrisés pour proposer des remèdes immédiatement. Ainsi, elle pourrait opérer un lendemain de crise à son avantage pour regagner la confiance des clients.

Ce que révèlent ces scandales, c'est que, dans l'industrie alimentaire, les entreprises ne connaissent pas leurs fournisseurs. Elles ne savent pas où ils s'approvisionnent. Des traders brouillent les pistes, comme pour le pétrole sous embargo qui est "blendé", mixé pour en cacher l'origine. Dans ces conditions, elles ne peuvent plus connaître toutes les parties prenantes. L’origine des crises leur est complètement inconnue. Personne n'est aux commandes, les circuits sont incontrôlables.

Les boîtes alimentaires qui se retranchent derrière des phrases du type "le consommateur veut payer toujours moins cher" culpabilisent justement les consommateurs en les rendant “co-responsables”. Alors que le but des industriels reste de gagner de plus en plus d'argent en diminuant le prix des matières premières, même au détriment de la santé publique…

Les consommateurs doivent reprendre le contrôle. Il est temps de s'occuper de ce que nous avons dans nos assiettes, de contrôler l'origine et la qualité de ce que nous ingérons et de ne plus laisser le champ libre aux lobbys de l'industrie alimentaire qui influencent les parlementaires pour laisser faire n'importe quoi.

Nous avons d'autres bombes en circulation. Il n'est pas normal que l'on ne sache plus ce que les industriels transforment, prenant des risques incalculables. N'est-il pas paradoxal d'avoir un secteur hyper-sécurisé comme le trafic aérien, tandis que l'alimentaire, qui nourrit des centaines de millions de personnes, effectue un auto-contrôle dérisoire, en pilote automatique?

On ne peut plus tolérer cela.

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