Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

In aqua scribere*

Eurêka ! Ce mot jubilatoire est souvent contenu dans les bulles des bandes dessinées de notre enfance, qu’il soit énoncé par des génies avérés ou de géniaux farceurs, des savants fous ou d’ingénieux bricoleurs. Une fois adulte, l’occasion nous est trop peu souvent donnée de valoriser nos idées, nos créations, ou tout simplement, d’avoir le loisir d’y consacrer du temps.

C’est pourquoi certains métiers font rêver à leur simple évocation : artiste au sens large, bien sûr, mais aussi, selon les niveaux, designer, publicitaire, illustrateur, artisan, photographe, concepteur, rédacteur, blogueur, planneur stratégique, etc. Autant de professions qui bénéficient d’une aura auprès de tous ceux qui, dans leur quotidien, ont le sentiment d’accomplir des tâches sans fantaisie. Des premiers, on dit qu’ils apportent la vision, des deuxièmes, qu’ils gèrent l’opérationnel.

D’ailleurs, les compétences techniques dans le cas des «créatifs » restent floues, même si des connaissances métier demeurent une constante - les contraintes, limites, outils, spécialités, faisant partie intégrante de la conception. Aussi, à défaut de pouvoir définir ce qui distingue le photographe de mariage du photographe de mode, on a tendance à employer le terme « talent ».

Malheureusement, hormis si la vie d’artiste maudit (dans une chambre de bonne, à la lueur d’une bougie et avec un peu d’opium) vous fait rêver, il advient un moment où le talent doit générer de quoi faire vivre son détenteur. Pour les artistes et certains métiers particuliers, on peut espérer des subventions privées ou publiques ; les autres se voient contraints de gagner leur vie, donc de monnayer leur talent. De façon injuste, la plupart du temps, ceux qui disposent d’un talent créatif ou d’une vision ne savent pas se vendre, ou mal, et ceux qui savent se vendre éclipsent de leur talent commercial leur crédibilité « d’artiste censé ne pas savoir se vendre » (vous me suivez toujours ?). Quadrature du cercle.

Admettons que vous ayez réussi à convaincre votre interlocuteur que vous avez du talent, n’importe lequel, un talent monnayable parce qu’utile. Premièrement, il y a de fortes chances pour que votre talent ne puisse s’exprimer pleinement (problèmes de budget, d’objectif, de produit, de vision de l’interlocuteur) et que vous soyez frustré. Deuxièmement, n’ayant pu faire la pleine démonstration de votre talent, il y a de fortes chances pour que votre « client » soit frustré lui aussi : vous ne lui avez pas donné ce qu’il imaginait, mais ce qu’il pouvait s’offrir…

Finalement, comme vous n’avez pas fait preuve d’un talent particulier, la suite logique est la négociation de votre « œuvre », oscillant entre l’espoir qui avait été placé en vous et la désillusion que vous avez causée : autant dire, un gouffre. Au sein de la communauté des artistes, dès que vous avez atteint un certain seuil, on ne s’entête plus à analyser ce que vous faites : on s’offre votre signature. Au sein de la communauté des « créatifs », votre signature importe peu : on veut des résultats, du tangible, du quantifiable. Or, en matière de talent, rien de plus simple que de se réfugier derrière un subjectif « j’aime/j’aime pas » pour envoyer définitivement votre œuvre vers la gloire ou aux oubliettes.

Si vous faites appel à un professionnel talentueux, vous pouvez apprécier ou pas sa performance, mais une chose est sûre : elle sera ancrée dans la vérité que votre service, produit, marque peut proposer. Si vous la jugez trop ambitieuse, c’est qu’il a peut-être la vision de ce que vous pouvez devenir plutôt de ce que vous êtes aujourd’hui ; si vous la jugez trop peu ambitieuse, c’est peut-être qu’il a su écouter vos contraintes et en tenir compte pour vous proposer quelque chose de réaliste ; comme nous sommes en démocratie, vous pouvez aussi choisir de travailler avec des professionnels sans talent ou des amateurs talentueux.

Mais si, malgré tout, vous envisager de confier un mandat à un professionnel talentueux, il y aura un prix à payer : lui faire confiance et mériter la sienne.

*écrire dans l'eau...

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