Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Immigration: un dimanche noir pour la Suisse

Un dimanche noir pour la Suisse! On se rappelle les mots prononcés par feu Jean-Pascal Delamuraz lors du refus populaire de l’Espace économique européen en 1992. Plus de vingt ans plus tard, on peut relire avec inquiétude le discours de l’ancien conseiller fédéral. Son pessimisme s’est concrétisé. Pendant dix ans, entre 1992 et 2002, l’économie helvétique a végété. Aujourd’hui, avec l’acceptation de l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse, on pourrait revivre le même scénario. 

Ce résultat est une terrible gifle pour les partis politiques gouvernementaux, à l’exception bien sûr de l’UDC, le Conseil fédéral et le patronat qui se sont battus contre le retour des contingents pour les travailleurs étrangers. Après l’initiative perdue contre Thomas Minder qui avait remporté de haute lutte sa campagne contre les salaires abusifs des managers, cette division entre la population et l’élite politique et économique est inquiétante.

La première n’accepte plus les abus de la seconde. Cette dernière a tardé à prendre en compte les inquiétudes de la population sur les salaires et l’éviction de certains sur le marché du travail. L’élite paie son incapacité à écouter les citoyens dans un pays où on célèbre les liens étroits entre son élite et sa base. Aujourd’hui, ces liens n’existent plus. 

Malgré la croissance ininterrompue (sauf pour 2009) de l’économie helvétique entre 2002 et 2013 due pour partie à l’immigration et qui a permis la création de plusieurs centaines de milliers de nouveaux emplois, le peuple accepte de limiter la libre-circulation des personnes avec l’Union européenne (UE). Un résultat obtenu dans un environnement pourtant très favorable à la Suisse: elle figure parmi les très rares pays à résister à la crise qui frappe l’Europe. Le peuple a marqué un parfait auto-goal contre ses propres intérêts. Il fait courir un risque important sur la prospérité de ce pays et donc sur l’emploi. 

Force est de constater que les cantons romands, en particulier Genève et Vaud, qui figurent parmi les gagnants de la libre-circulation des personnes ont refusé l’initiative de l’UDC en dépit de la pression sur le logement et les transports. A l’inverse, les cantons alémaniques et le Tessin ont fait pencher la balance en faveur du retour des contingents pour des raisons identitaires. 

Ce résultat détériorera probablement nos relations avec l’UE. Comment la Suisse peut-elle négocier en position de force dans les domaines de l’électricité, de la recherche, etc., alors qu’elle refuse l’une des quatre libertés fondamentales de cette entité? Il faudra beaucoup d’inventivité au Conseil fédéral pour trouver des solutions adéquates. 

Ce vote répond aussi à une peur qui touche toutes les populations de l’Union européenne. Les doutes du Premier ministre britannique David Cameron sur la libre-circulation des personnes ont vraisemblablement pesé dans la balance. Cette crainte de l’étranger est inquiétante. La position de la Suisse n’est pas isolée au sein du continent. Alors qu’elle ne fait pas partie de l’UE, elle donnera peut-être le ton à une nouvelle politique européenne dans ce domaine. 

Avec cette initiative, l’UDC dévoile une nouvelle fois les contradictions de sa politique. Elle lutte contre la lourdeur de la bureaucratie, mais réintroduit les contingents. Elle combat l’invasion étrangère, mais refuse toute politique familiale. 

L’immigration est une nécessité pour un petit pays comme la Suisse. Les chiffres sont nets. Entre 2002 et 2012, le solde migratoire (l’immigration moins l’émigration) des Helvètes est négatif. De même, pendant cette période, l’accroissement naturel (les naissances moins les décès) des ressortissants suisses est, lui aussi, négatif. En d’autres termes, sans l’immigration et l’accroissement naturel de la population étrangère, le nombre d’habitants de la Suisse aurait diminué. Or, un pays dont la population recule est un pays qui se meurt.

 

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