Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Immigration: les leçons d’une amère défaite

Dix jours après l’adoption de l’initiative «contre l’immigration de masse» qui marque l’arrêt de la libre-circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne (UE), le temps de la rétrospection a sonné. Disons-le d’emblée: cet échec est grave pour les élites politiques et économiques qui s’opposaient à ce texte. Le camouflet qu’ils ont subi le 9 février 2014 a montré leur incapacité à sentir les inquiétudes de la population et à mener une campagne de votation en jouant sur le registre de l’émotion capable de toucher le citoyen. 

D’abord, le 21 novembre 2013, economiesuisse (les patrons des grandes entreprises) lançait le combat contre l’initiative de l’UDC en publiant….un avis de droit consacré aux conséquences de son acceptation sur les relations bilatérales entre la Suisse et l’UE. Puis, le 6 janvier 2014, les milieux économiques représentant douze associations parlaient d’une seule et même voix (un fait exceptionnel) pour dénoncer le combat du parti nationaliste et populiste. Mais aucun des dirigeants présents n’a tenté de rassurer ceux qui subissent ou qui craignent les retombées parfois négatives de l’ouverture des frontières. Pourquoi ce mutisme et cette absence totale d’empathie? 

Le rôle joué par l’Union suisse des arts et métiers (Usam) fut, lui aussi, ambigu. Alors que l’organisation qui représente les petits patrons défendait la libre-circulation des personnes, son président Jean-François Rime a été totalement absent de la campagne de votation. Et pour cause: conseiller national UDC, le chef d’entreprise fribourgeois faisait partie du comité d’initiative «contre l’immigration de masse». Pour éviter de froisser un des deux camps, il a choisi le silence. Ce mélange des genres entre les pôles politique et économique de l’activité du président de l’Usam est-il vraiment à l’avantage de cette organisation? 

De son côté, le gouvernement n’a jamais pris la mesure des préoccupations de la population dans le domaine du logement, des transports et de la pression sur les salaires. Trop à l’écoute des milieux économiques, il a rejeté la mise en œuvre de mesures d’accompagnement plus contraignantes pour mieux encadrer les conditions de travail et pour lutter efficacement contre le dumping salarial. Les sept sages ont clairement manqué de sensibilité sociale de nature à réconforter des citoyens inquiets en dépit de la bonne tenue de l’économie helvétique. Le Conseil fédéral a enfin payé sa crainte de justifier activement sa politique étrangère au sein même de la population, plus particulièrement en Suisse alémanique où les notions de souveraineté nationale et d’indépendance sont consubstantielles à l’identité. 

Quant aux partis libéral-radical, démocrate-chrétien et socialiste, ils ont peiné à soutenir une ligne parfaitement compréhensible pour leurs militants. A force de fricoter avec l’UDC, leurs responsables ont donné du crédit aux thèses du parti nationaliste et populiste. Comment pouvaient-ils dès lors défendre avec conviction leur position dans une campagne de votation face à un rival qui sait jeter le discrédit sur ses adversaires? 

Les acteurs économiques et politiques qui ont perdu la bataille du 9 février 2014 sauront-ils tirer les enseignements de cette défaite? Rien n’est moins sûr.

 

 

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