Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Ils sont obligés de planter le New York Stock Exchange pour nous faire parler d’autre chose

Tout d’abord, rien n’a changé en Grèce. Tsipras a promis d’envoyer un « nouveau » projet aux Européens afin d’essayer de débloquer les fonds nécessaires pour rembourser la BCE et deux-trois autres bricoles. Sa dernière « deadline » en date: c’est dimanche.

Les marchés européens ont « aimé » la nouvelle et sont parvenus à terminer en hausse pour la première fois depuis quatre séances. On peut compter sur eux pour être déçus à la première occasion si Tsipras ne tient pas ses engagements. Et pour être franc, je ne vois vraiment pas pourquoi tout d’un coup on trouverait une solution miracle en trois jours, alors que l’on n’a rien trouvé depuis des mois. Mais ceci dit, « la raison politique a ses raisons que la raison ignore », donc finalement, s'ils trouvent une solution bricolée, ce ne sera pas franchement une surprise.

Pour faire simple, d’ici dimanche tout peut arriver et savoir ce qui va se passer se résume à jouer à pile ou face. Deviner ce qui va se passer si la Grèce sort de l’Europe est un peu plus facile: un beau bordel. Mais en attendant, les marchés sont aux aguets et prêts à réagir à la moindre information. Je n’ai pas dit qu’ils étaient prêts à réagir intelligemment, mais ils vont réagir.

La Grèce est toujours LE problème numéro un des marchés en Europe.

La bonne nouvelle, c’est qu’en plus des Grecs, depuis quelques jours, on a un AUTRE sujet de conversation : LA FIN DU MONDE EN CHINE ET LE KRACH BOURSIER QUI NE S’ARRÊTE PLUS.

Bon, sauf ce matin.

Ce matin on a tenté un nouveau sell-off, mais le marché s’est retourné et est reparti à la hausse. Néanmoins, la journée boursière en Chine est encore jeune et tout peut arriver. En ce qui concerne la baisse du marché depuis le 12 juin, je dois dire qu'elle me rappelle furieusement ce qui est arrivé au pétrole ces derniers mois.

Phase une : plus personne n’a de doute sur la valeur du sujet (pétrole ou marché chinois) – tout le monde pense que la « vraie valeur » du marché, c’est là où il est et qu’il n’y a pas forcément de raisons de s’inquiéter.

Phase deux : la première baisse est une opportunité d’achat – la seconde aussi – la troisième éventuellement.

Phase trois : après trois semaines de baisse et de silence gêné par les mecs qui avaient recommander de « moyenner » à la baisse, on commence à se demander s'il ne serait pas temps de s’inquiéter.

Phase quatre : après avoir perdu 20%, on se rappelle les concept de correction et de Bear Market dans les marchés financiers et on vient sur CNBC pour expliquer pourquoi c’était évident que cela ne pouvait QUE baisser et qu’on l’avait dit. Ok, on ne l’avait pas dit fort, mais on l’avait dit à notre labrador un matin pendant sa promenade, il peut en témoigner. Ah non, c’est vrai, il peut pas.

Phase cinq : on panique.

Phase six : on retourne sur CNBC pour expliquer que l’objectif à la baisse est beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup plus bas et que c’est une certitude, limite un « coup sûr » - (souvenez-vous du pétrole qui va à 20$, « c’est obligé »).

Phase sept : en général ça remonte et tout le monde le savait.

Néanmoins, hier les marchés financiers américains se sont inquiétés de ce qui se passait en Chine, mais aussi en Grèce, et aussi parce que le New York Stock Exchange est tombé en panne pendant 3 heures. Même si à la fin on nous a dit que c’était un « problème technique interne », entre deux, le chemin de la théorie du complot organisé par des hackers de chez Anonymous avait largement fait son chemin dans la tête des traders.

Il est vrai que sur la même journée, quand vous avez 1) le NYSE qui tombe en passe 2) une compagnie aérienne qui doit grounder certains de ces vols pour un problème informatique, et 3) le site du Wall Street Journal qui tombe en panne, on peut se demander si le hasard fait bien les choses ou si on se fout de nous. Sans compter que le site Investir.ch est en panne depuis trois jours, et que si ça se trouve on s’est aussi fait hacker par les mêmes qui ont planté le NYSE.

Par contre, alors que le merveilleux monde de la finance tergiversait sur l’avenir de la Grèce, les perspectives de voir la Chine rebondir un jour (ou pas) et les problèmes informatique de Wall Street, il faut tout de même noter que les Minutes du FOMC Meeting ont été publiées, que l’on y apprenait qu’un seul des membres était pour une hausse des taux en juin, mais que finalement il était d’accord d’attendre encore « une ou deux meetings » pour le faire. Mais TOUT LE MONDE s’en fout. Tant que ce membre en question n’est pas Janet Yellen ou Alexis Tsipras, on s’en moque comme de nos premiers crayons de couleur.

Et puis, il y avait même une nouvelle « fondamentale » qui parlait d’une action. Un broker de la Côte Ouest a downgradé Tesla de « surpondérer » à « conserver », citant des doutes sur la riche valorisation – sans blague ??? – une boîte qui vend des bagnoles électriques au compte-goutte et qui vaut aussi cher, voire plus, que la concurrence qui vendent des centaines de milliers de voitures ? ça ne peut pas être si « surévalué » que ça !!! Il y a même des taxis genevois qui roulent en Tesla.

Le titre s’est pris un baffe sur la nouvelle et perdait 3 milliards de capitalisation boursière dans la soirée. Soit un quart de la valeur de Peugeot.

Pour le reste, ce jeudi matin, le Japon repasse sous les 20'000, malgré des chiffres économiques qui ne sont pas mauvais. Peut-être parce qu’ils sont en rupture de stock sur le beurre. En revanche, Hong Kong rebondit comme un cabri, l’indice est en hausse de 3.4%, la Chine progresse de 1.3%, et c’est nettement mieux que ce à quoi ils nous ont habitué depuis trois semaines.

L’or tient les 1150$, ce matin l’once se traite à 1157$. La garde meurt mais ne se rend pas. Le pétrole est à 52.40$.

Dans les nouvelles du jour, on retiendra que Jack Lew et Christine Lagarde montent au front et encouragent l’Europe (Merkel) à fait TOUT ce qu’ils peuvent pour éviter le GREXIT. Il semblerait que les conséquences commencent à faire paniquer dans les chaumières. Dans les nouvelles SURPRENANTES, Berlusconi a été jugé coupable d’avoir corrompu un Sénateur. Étonnant, parce que corrompre, c’est quand on veut pas, et lui Berlusconi, il voulait. Barclays a viré son CEO. Alcoa a ouvert les feux de la saison des résultats. Les chiffres du roi de l’Alu sont meilleurs que prévu et le titre montait un poil after close. Bon, il s’est fait démonter de 5% durant la séance juste avant, alors à la fin, c’est plutôt décevant.

À propos des chiffres du trimestre, le Barron’s pense que le prix du pétrole et la force du dollar vont peser sur les sociétés, mais que le secteur de la HealthCare et des Financières a l’air bien. Techniquement, le S&P500 est en train de prendre une toute vilaine figure, la moyenne mobile des 200 jours a cédé mercredi soir. La veille, nous avions déjà tenté une rupture à la baisse, mais on s’était récupéré du bout des doigts. Mercredi soir, la Chine, la Grèce et les problèmes techniques ont eu raison de l’indice américain qui a intérêt à remonter rapidement au-dessus des 2060 au risque de devenir une cible mouvante pour les vendeurs.

La Chine vient de rouvrir après la pause de midi et l’indice est en hausse de 5% maintenant.

Côté chiffres économiques, nous aurons le Trade Balance Allemand, la décision de la Banque d’Angleterre pour les taux, les Jobless Claims, et puis c’est à peu près tout.

Pour le moment nous sommes en mode rebond-plus-jamais faible, les futures sont en hausse de 0.7%. Tant que la Grèce ne tousse pas et qu’on fait comme si de rien n’était, tout devrait bien se passer. L’Euro remonte encore à 1.11, ce qui laisse supposer que l’on est plein d’espoir sur le nouveau « super-plan » de Super-Tsipras (qui est d’ailleurs de plus en plus cool), le yen vaut 121.40, le Bitcoin est à 264$ et le rendement du 10 ans est de 2.23%. La BNS a eu raison d’acheter de l’Euro/Suisse à 1.04, ce matin ça vaut 1.0482 – making pognon à Berne... Facile le FOREX !

Voilà. Je crois que c’est clair, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il ne reste plus qu’à trouver un accord sur la Grèce, faire remonter la Chine, publier des chiffres trimestriels qui sont meilleurs que les attentes malgré la force du dollar, ne pas laisser les « Hackers chinois, russes ou nord-coréens » faire planter le Nasdaq, et tout se passera bien. Je m’en vais vous souhaiter une excellente journée et on se retrouve demain pour la suite des aventures passionnantes d’Alexis Tsipras et d’Angela Merkel qui se tournent autour.

À demain !!!

Thomas Veillet

Investir.ch                           

“One of the funny things about the stock market is that every time one person buys, another sells, and both think they are astute.”

William A. Feather

 

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