Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Il y a un an sortait mon premier billet. Happy birthday to me!

Un an seulement. Un an déjà. Tout est question de point de vue. De forme, aussi. Il y a certains jours de fatigue où j'ai l'impression de tenir cette chronique de toute éternité. Je n'en vois plus le début, ni la fin. 

C'est pourtant bien le 22 mai 2013 que j'ai écrit mon premier billet pour "Bilan", où je me retrouve depuis coincé entre deux économistes dont j'avoue ne jamais avoir lu une ligne. Je n'ai rien contre eux personnellement. La chose participe de l'ordre des choses actuel. Il veut que le nombre des auteurs augmente, tandis que celui des consommateurs de mots diminue. Depuis que j'ai quitté la "Tribune de Genève", je n'ai du reste pointé mon nez dans aucun quotidien. Mais là, ce n'est pas un hasard. Plutôt une question d'hygiène mentale. Lire un journal, de nos jours où il faut se montrer "vendeur", c'est inviter le malheur chez soi.

Parler d'autres choses 

Depuis mai 2013, je crois avoir tenu le programme que je m'étais fixé. Il s'agissait de refléter des événements locaux, nationaux et internationaux sans complaisance. A quoi bon racoler des lecteurs en leur racontant ce qu'ils savent déjà? Pourquoi parler en même temps que tout le monde des mêmes livres et expositions? Je reste frappé de voir à quel point le journalisme est devenu moutonnier, laissant dans l'ombre nombre de choses méritant une mise en lumière, et ce pour braquer un projecteur supplémentaire sur le "buzz" du moment. Surtout quand ledit journalisme défend par ailleurs la diversité de la presse... 

Ce ne sont en effet pas les sujets qui manquent. Il en existe plutôt trop. Jamais la production culturelle ne sera révélé aussi vaste, le quantitatif primant souvent, hélas, sur le qualitatif. Chaque jour, j'hésite ainsi entre deux ou trois options. Il y a les coups de cœur et les coups de sang, le sang passant forcément par le cœur. Comment tout concilier? Je m'en tire souvent en rajoutant un petit billet, coincé entre deux articles. Que voulez-vous? L'actualité va plus vite que le calendrier. Et le mineur, le secondaire, l'humble a aussi droit, de temps en temps, à une trace écrite.

Entre Genève et Venise

En un an, il aura bien sûr été beaucoup question de Genève, où je vis et où se trouve (juste en face de mes fenêtres) la rédaction de "Bilan". Il y a là du devoir de fonction. Et des choses à dire, ou plutôt à contredire. Ce n'est pas le plus agréable du travail, croyez-moi! L'effervescence qui y règne tient de la mousse sur le bock de bière. Autant dire qu'il n'en reste pas grand chose. Je reviendrai bientôt sur ce sujet, qui me tarabuste. Un lecteur m'a reproché de trop parler d'une cité étrangère comme Venise. Mais cette ville de 50.000 habitants fixes à peine, pleine de problèmes économiques, ne crée-t-elle pas, elle, de véritables événements artistiques? Une chose dont la Ville de Genève ne se montre pas capable en dépit des millions dépensés? J'ai failli dire "gaspillés"... 

Je me serai aussi beaucoup promené depuis mai 2013. L’œil a besoin de recul. Il doit pouvoir comparer. Et puis, il ne faut pas trop se faire d'illusions. Les regards restent souvent plus tournés vers Paris ou Londres que braqués fixement sur Yverdon-les-Bains ou Fribourg. Il existe aussi des agglomérations sachant produire, à l'occasion, des expositions de premier plan. Il faut le dire. Les féliciter. Pour ce premier exercice annuel, je citerai ainsi Rouen, Karlsruhe, Nyon (pour rester chez nous), Haarlem, Louvain, Moulins, Vicence ou Arles. Des exemples parmi d'autres. Et il est clair que j'ai pas tout vu.

Coups de gueule 

Qu'annoncer pour la suite? Que je n'ai pas l'intention de modifier le cap, même si vous n'êtes pas des milliers à me suivre. Que je ne forcerai pas l'attention. Il y aura plutôt de l'insolite, de la découverte, des choix personnels. Plus, bien sûr, quelques coups de gueule, et pas forcément contre le Musée d'art et d'histoire genevois (qui vient en effet de recevoir un grand paysage alpestre de Gustave Courbet). Hurler contre les loups reste inutile, évidemment. Mais quel plaisir! Cela fait tellement de bien!

P.S. Ce jeudi 22 mai, c'est les Bains dès 18 heures à Genève. J'y serai. Sélection d'expositions début juin seulement. Il y a d'autres actualités en ce mois de mai... 

Photo (David Huc): Une seule bougie encore sur le gâteau.

Prochaine chronique le vendredi 23 mai. Gerhard Richter est venu en personne présenter sa rétrospective à la Fondation Beyeler de Bâle. J'y étais. 

 

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