Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Il vaut mieux que Marine gouverne

Donc, il y a trois France. Trois France inscrites désormais dans la diversité des villages, des bourgs et des départements. Avec un tiers qui fait peur, et c’est le plus gros : le Front national, aux élections locales de dimanche, a été devancé de peu par une alliance (UMP de Nicolas Sarkozy et centristes de l’UDI) de deux partis qui ne sont pas d’accord sur tout.  

Une question va se poser assez vite : comment gouverner un pays divisé en trois ? Interrogation nouvelle. Car la République gaullienne, avec son système électoral majoritaire, avait établi un équilibre bipolaire et une alternance qui fonctionnait vaille que vaille, même dans les bizarres hoquets de la cohabitation.

Avec trois tiers qui s’excluent l’un l’autre, l’équation devient difficile. Pour la résoudre, la France pourrait passer à un système de représentation proportionnelle au niveau national, ce qui reviendrait à changer de république. Improbable : ceux qui veulent retourner au jeu d’alliances et à l’instabilité auxquels Charles de Gaulle a mis fin sont minoritaires.

Le régime actuel va donc durer, dans des calculs assez compliqués.

Au centre de l’échiquier demeure François Hollande, dont le parti socialiste est presque aussi mal en point que lui-même. Mais ce président impopulaire est un optimiste à toute épreuve. Il croit que la situation économique de la France, vaseuse depuis longtemps, ne peut que s’améliorer, par rebond naturel ou grâce aux réformes qu’il a tardivement initiées. Et il pense qu’au printemps 2017 il pourra se qualifier pour le second round de la prochaine joute présidentielle, et l’emporter contre Marine Le Pen ou contre le candidat de l’autre droite – Sarkozy par pure hypothèse.

Le réélu se trouverait alors, selon toute probabilité, face à une Assemblée hostile, et dans laquelle le Front national aura mis le pied. Comment gouverner dans ces conditions ? Deux cas de figure : les socialistes rabougris forment une grande alliance à droite ; ou la droite constitue, sous un Hollande démonétisé, un gouvernement en s’appuyant sur sa frange extrême.

Cette nouvelle cohabitation, quelle que soit sa forme, serait extraordinairement malsaine, mêlant, entre Elysée et Matignon, des forces opposées dans une absence totale de clarté.

En fait, la gauche française, déboussolée, divisée comme jamais, a besoin d’une cure d’opposition. Elle ne peut pas mener l’indispensable débat interne, pour retrouver ses repères, avec des ministres au gouvernement qui font souvent le contraire de ce qu’ils ont longtemps dit ou pensé. Le parti démocrate italien, dans lequel la gauche transalpine s’est reconstituée, n’est pas un exemple parfait, mais avec Matteo Renzi il a réussi une clarification.

Si le tiers rose sort du jeu, restent les deux tiers de cette France qui a glissé à droite. Deux tiers en guerre ? En apparence et dans les discours, c’est sûr. Mais dans les faits, il y a des passerelles entre la droite sarkozienne et les troupes de Marine Le Pen. L’ancien président a été longtemps conseillé par cet étrange personnage qu’est Patrick Buisson, pur produit d’extrême droite. Entre les deux mouvements, il y a eu des transfuges, des cousinages, une porosité, et des thèmes commun : identité, immigration.

Ce qui amène la question la plus délicate. Que vaut-il mieux pour la France ? Le maintien dans une dissidence permanente et râleuse d’un tiers des électeurs, désemparés et séduits par un programme démagogique et irréaliste ? Ou l’intégration du parti qu’ils soutiennent dans le jeu politique, afin de l’amener à se confronter à la matière résistante d’une politique à mettre en œuvre ?

Ce défi n’apparaît pas qu’en France. Voyez la Grèce. Quelques semaines après la victoire de Syriza, que Marine Le Pen a applaudie à tout rompre, le parti d’Alexis Tsipras met de l’eau dans son ouzo et cherche des compromis avec l’Union maternelle. Et voyez la Suisse : la Confédération ne mourra pas de laisser ferrailler, au cœur du pouvoir, ses nationalistes ultras.

De la même manière, la France se portera peut-être mieux avec son Front dedans plutôt que dehors. Il ne faut pas laisser à Marine Le Pen le beau rôle de «tirer sur le quartier général». Il vaut mieux qu’elle prenne aussi quelques obus.

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