Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Il n’y a pas d’impunité pour les terroristes

C’est une conviction diffuse, malsaine et trompeuse, tout particulièrement en ce début d’automne marqué par une inquiétante violence terroriste: on se persuade que les attentats demeurent impunis et que leurs auteurs ne sont jamais ni appréhendés ni jugés, et encore moins condamnés.

Rien n’est plus inexact! La quasi-totalité des actes de terrorisme dans le monde a trouvé une conclusion: judiciaire, policière ou militaire.

Le 1er septembre de cette année, le chef des milices Shebab en Somalie a été repéré – et pulvérisé – par un drone américain, sur indication des services secrets français. Motif de cette exécution extrajudiciaire (sur laquelle un débat contradictoire aurait quelque justification): l’homme, répondant au nom d’Ahmed Abdi Godane, était responsable de la mort de 3 agents secrets français (11 janvier 2013) ainsi que de nombreux attentats tel celui perpétré il y a tout juste un an dans un centre commercial de Nairobi.

Le 30 mai dernier, la police française arrêtait Mehdi Nemmouche en gare de Marseille, six jours seulement après l’attentat commis par ce jeune «djihadiste» au Musée juif de Bruxelles. Une prise policière de premier choix, l’homme se révélant par ailleurs être l’un des geôliers des journalistes français otages du groupe terroriste DAESH en Syrie. Nemmouche est en prison. Il sera jugé.

Il y a plus de trente ans, le 3 octobre 1980, une moto piégée explosait devant la synagogue de la rue Copernic à Paris. Le dossier n’avait jamais été refermé: on cherchait en vain la trace d’un certain Alexander Panadriyu. Après bien des péripéties, l’auteur présumé a été repéré au Canada, où il enseignait à l’université, sous son vrai nom, Hassan Diab. Il a été arrêté. Lui aussi sera jugé.

La France se souvient de la vague d’attentats dans les rues de Paris, en 1995: après ce qui fut un bain de sang dans plusieurs quartiers de la capitale (au métro Saint-Michel, entre autres cibles), tous les terroristes islamistes du GIA ont été, avec le temps, appréhendés et jugés.

Mohamed Merah? L’auteur des fusillades de Toulouse (7 morts en mars 2012) a lui-même choisi le cours de son destin: à la reddition, il a préféré la mort.C’est ainsi: le sort de tout terroriste, à court ou long terme, se résume à ces deux possibilités, que l’intéressé semble du reste assumer pleinement: la mort ou la prison. 

Placés en détention ou «neutralisés»

Les attentats du 11 septembre 2001? Outre le commando mort en action, tous les organisateurs et planificateurs du massacre ont été identifiés, interpellés, placés en détention ou «neutralisés», de Khaled Sheik Mohamed à Oussama ben Laden (détentions et «mises hors d’état de nuire» qui, elles aussi, mériteraient quelques débats et interrogations).

Au total, sur une large décennie, ce sont plus de 40 HVT («high value targets», ainsi que les qualifient les services antiterroristes américains) qui ont été neutralisés.

Les attentats de Madrid en 2003 et les 191 morts de la gare d’Attocha? Outre les 7 membres du commando qui ont préféré se suicider collectivement, 29 de leurs complices ont été identifiés et condamnés.

Bali en 2002 et Londres en 2005? Aucun de ces attentats n’est resté impuni.

Autre cas emblématique: l’attentat de Boston, le 15 avril 2013, commis par les frères Tsarnaev. L’aîné, Tamerlan, trouvera la mort lors d’une opération policière, le cadet, Djokhar, devra rendre compte de ses actes lors d’un procès agendé pour l’année 2015. La mort pour l’un. La prison pour l’autre.

Il apparaît ainsi que nos démocraties, parfois fragiles – et fragilisées – à court terme (notamment en cas d’attentat), se révèlent fortes – et même fortifiées – sur le long terme. La situation inverse prévaut pour le terrorisme: il est d’une force sans pareille sur l’instant, mais il ne résiste pas à l’épreuve du temps.

On ne le dit pas assez: en matière de terrorisme, l’impunité n’est pas la règle. C’est l’exception.

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