Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Il faut sauver le chrétien d’Orient!

Le chrétien d’Orient se meurt. La vérité, c’est qu’on l’assassine. Parce qu’il est chrétien. Ils sont ainsi des milliers à perdre la vie. Ou à devoir choisir l’exil. Quel est donc leur crime? Ce sont des «Croisés», ainsi que les nomment les jihadistes. C’est une raison suffisante, ces temps-ci, en Syrie ou ailleurs en Orient, pour être abattu dans la rue, comme un chien.

Indifférence? Lassitude? Sourd et aveugle, l’Occident ne semble pas même s’en émouvoir.

Direction: la Syrie. C’était il y a peu dans la ville de Maaloula, bourgade chrétienne à 50   kilomètres au nord de Damas. Une communauté de quelque 5000 âmes connue dans le monde entier en raison d’une particularité linguistique significative et historique: les habitants y parlent – encore – la langue du Christ, l’araméen.

Or, voici que, pénétrant de force dans la ville, des éléments jihadistes du front islamiste Al-Nosra, lié à Al-Qaïda, ont pillé les églises. Puis forcé un habitant – au moins – à se convertir à l’islam. L’homme a refusé. Ils l’ont tué. Un autre a été kidnappé. On l’a retrouvé mort, décapité.

De telles scènes d’horreur se sont multipliées récemment dans l’ensemble de la Syrie. Au point que plusieurs évêques de la région de Hassaké, en Syrie occidentale, ont lancé un «appel de survie» concernant les quelque 25  000 chrétiens syro-orthodoxes, syro-catholiques, chaldéens et araméens de la ville.

Au mois de janvier dernier, un appel au secours similaire avait été lancé en faveur d’un millier de chrétiens pris au piège dans le village de Yaakobieh, au nord d’Alep.

Des témoins ont rapporté que les cas de disparitions de chrétiens se multipliaient. Les exécutions sommaires également. On cite le cas des deux frères de la famille Bashr et leurs cousins de la famille Fram qui ont été sortis de leur maison, puis exécutés à bout portant. Sous les yeux de leurs proches.

Ce qui se passe en Syrie, actuellement, n’est pas sans rappeler ce qui s’est produit en d’autres lieux dans cette région agitée du Proche et du Moyen-Orient: on a tué des chrétiens en Turquie, on a assassiné des Coptes en Egypte. En Irak, la moitié des 800  000 chrétiens ont choisi l’exil; c’était la valise ou le cercueil.

Appellations «exotiques»

Question dérangeante: pourquoi l’Occident ignore-t-il à ce point ses «frères» chrétiens d’Orient? Parce que, en Syrie, les chrétiens, pour assurer leur survie, n’ont pas eu d’autres choix que de se ranger dans le – mauvais? – camp de Bachar el-Assad?

Parce qu’ils nous semblent trop éloignés de notre chrétienté romaine à nous, divisés qu’ils sont – c’est à s’y perdre  – entre églises, chapelles et traditions dont les seules appellations nous semblent «exotiques», voire suspectes?

Oublions-nous, en Occident, que dès l’an 40 de notre ère, les chrétiens se sont répandus sur les rives du Nil et de la Méditerranée, en Mésopotamie et dans la péninsule Arabique? Et que, par conséquent, la présence du christianisme dans ces régions est bien antérieure à l’apparition de l’islam au VIIe siècle?

L’Occident peut-il ainsi passer par «pertes et profits» les quelque 15 millions de chrétiens de la région?

Au moment où le patriarche catholique melkite Grégoire III Laham, lors d’une messe pleine d’émotion dans le vieux Damas, déclare: «Je dis aux jeunes, restez ici. Restons tous en Syrie, ensemble, chrétiens et musulmans», il appartient à l’Occident d’ouvrir les yeux:

– Ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires que l’on doit oublier les chrétiens d’Orient.

– Ce n’est pas parce qu’ils ont des patronymes et des dénominations compliqués que l’on ne doit pas faire l’effort de les comprendre.

– Ce n’est pas parce qu’ils sont réduits au silence que l’on ne doit pas les écouter.

Dans deux ou trois décennies, à l’issue de 2 millénaires de présence, faudra-t-il se résoudre à ce triste constat: il n’y aura plus de chrétiens d’Orient en Orient?

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