ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Il faut quitter la Suisse pour réussir

La Suisse innovante, compétitive, au sommet de tous les classements internationaux. Cette Suisse qui gagne a fini de tromper son monde. L’affaiblissement du pays – qui vient juste d’éviter une récession – a mis un point final à cette mascarade en démontrant que cette innovation exaltée, bien présente au cœur des institutions helvétiques, n’était au bout du compte que peu injectée dans l’économie réelle. En cause: un environnement antibusiness qui provoque la fuite imparable des entrepreneurs et autres créateurs de valeur ajoutée.

Prenons le chapitre «Facilité de créer une entreprise» du Global Innovation Index: la Suisse est 67e, entre la Pologne et le Cap-Vert, rapporte Fathi Derder dans son livre Le prochain Google sera suisse (à dix conditions). Pour le conseiller national vaudois, bâtir les multinationales de demain semble relever de l’impossible en Suisse. On ne peut qu’approuver, à regret.

Malgré l’excellence de nos formations, les partenariats privés-publics avancés et les nombreux parcs d’innovation, il reste difficile de créer des entreprises, et ceux qui ont franchi les premiers obstacles ont de la peine à évoluer.

Exemple symptomatique: HouseTrip, fierté lausannoise venue concurrencer le géant Airbnb, a quitté le pays pour croître rapidement et à grande échelle. Cap sur la Grande-Bretagne et le Portugal. Il était impossible pour elle de recruter des ingénieurs de haut niveau en Suisse. L’initiative «Contre l’immigration de masse», qui a enfoncé le clou, a aussi révélé combien nous avions besoin de ces cerveaux.

Aux patrons courageux qui ne claquent pas la porte malgré tout, la Confédération procédurière inflige des impôts absurdes qui les empêchent de grandir. Autre raison de fuir: un capital-risque bien trop faible. Les levées de fonds par des venture capitalists suisses ont décliné: 70 millions en 2014 contre 209 millions en 2012, d’après les chiffres de l’Association européenne du capital-risque. Frustrant, alors que des fonds dormants pourraient faire décoller le tissu de start-up helvétiques. Quand quelques millions levés à Londres ou à Singapour sont anecdotiques, une levée de série A s’avère ici un exploit…

Il n’empêche que des start-up prometteuses voient le jour régulièrement en Suisse. Pour éviter que d’autres économies plus accueillantes ne profitent de leurs compétences, politiques et investisseurs doivent sortir de leur engourdissement. Des solutions existent, énumère Fathi Derder: défiscaliser des investissements dans l’entreprise, simplifier les faillites, alléger les procédures bureaucratiques, mettre en place des «start-up visa»... Si l’on ne donne pas davantage de poids aux jeunes pousses sous la Coupole, nous pourrons continuer d’admirer l’envol de nos talents vers des cieux plus entrepreneuriaux.

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