Consultant

Après une carrière comme officier de renseignement, Yves Baeumlin a dirigé dans les années 90 la célèbre agence Kroll à Paris, pionnière de l’intelligence d’entreprise. Actif dans ce domaine depuis 1997 au sein de la société genevoise Redmont-Advisory SA, il fournit des informations stratégiques aux entreprises.

Il est temps de se "renseigner" un peu mieux

Lorsque je suis les cafouillages de certains politiques suisses et les déculottées encaissées ces dernières années, je me pose souvent la question pourquoi la Suisse n'est pas au niveau de ses homologues dans certaines discussions stratégiques. Et si c'était une question d' "intelligence"? Autrement dit, une question de renseignements.

Cela fait longtemps que je constate la naïveté des entreprises suisses et l'absence systématique de recours au renseignement préalable. Je pense qu'il n'y a plus qu'en Suisse que l'on ouvre les bras à des entrepreneurs sauveurs d'entreprises étrangers, investisseurs miraculeux qui s'avèrent en fin de compte escrocs, aigrefins ou rêveurs. Inutile de citer des exemples, vous m'avez compris...

En Suisse, on ne connait pas ou peu la "due diligence", concept américain qui consiste à vérifier systématiquement les antécédents d'un futur partenaire. Quel club de foot, station de sport d'hiver n'a pas eu son crésus qui s'est avéré bidon alors que quelques vérifications auraient pu prévenir des scandales, déboires et faillites. Les politiques locaux ou fédéraux ont-ils d'ailleurs un service ou organisme auquel on pourrait confier une "due diligence"  outre des officines privées ?

Si on surfe un peu sur les sites des services de renseignement, cela n'est pas toujours ennuyeux. Et si on compare à titre d'exemple le site du service de renseignement allemand BND www.bnd.bund.de et le service de renseignement de la Confédération (SRC) www.vbs.admin.ch, on note immédiatement l'absence de toute mention à l'économie sur le site suisse.

 

Service de renseignement de la Confédération SRC

Avec le Service de renseignement de la Confédération SRC, la Suisse dispose depuis le 1er janvier 2010 dun nouvel instrument de la politique de sécurité.

Domaines d'intérêt thématiques

Les domaines dintérêt en Suisse portent sur le terrorisme, lextrémisme violent, la prolifération, les attaques contre les infrastructures dinformation critiques ainsi que le service de renseignement prohibé. A l’étranger, les activités du SRC ont trait à la prolifération, au terrorisme, au développement des forces armées, aux domaines dengagement de larmée à l’étranger ainsi qu’à la technologie et au commerce des armements.

 

Bref, on ne traite que de sécurité.

Le "Bundes Nachrichten Dienst", quant à lui, renseigne le gouvernement allemand sur les principales questions économiques, politiques et militaires. Le premier domaine d'activité mentionné est "wirtschaftlich" autrement dit "économique". Il est donc en mesure de suivre les dossiers stratégiques, de fournir des renseignements capitaux, de connaître les positions des interlocuteurs étrangers et surtout de connaître les faiblesses de ses interlocuteurs.

La Suisse traite-elle à armes égales ? Qui renseigne les membres du Conseil fédéral sur les positions des adversaires ? Qui est sur le terrain et fait remonter les informations? La Suisse serait-elle en mesure d'acheter des CD et embarrasser certaines autorités comme l'ont fait les Allemands ou les Français ? 

Les ambassades allemandes à l'étranger sont utilisables et utilisées par les hommes d'affaires allemands qui ont besoin d'informations sur telle ou telle entreprise du pays.

Bien que la question soit taboue, on sait que le BND est financé par les milieux économiques allemands et que c'est un juste retour des choses que de dispenser des informations à ceux qui en ont besoin à l'étranger. Cela explique peut-être pourquoi l'Allemagne est si performante à l'étranger.

Avec un nouveau Président de la Confédération qui fait le voeu de faire entendre un peu plus la voix de la Suisse et qui veut agir de façon plus musclée face à des interlocuteurs qui n'ont cessé d'attaquer le pays en le mettant à mal dans bien des domaines ces dernières années, il est peut-être temps de se "renseigner" un peu mieux et de se doter d'outils pour jouer à armes égales et cesser de baisser le pantalon. Un peu de renseignement économique offensif permettrait certainement à la Suisse d'arriver en position de force à une table de négociation.

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