Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ICÔNE/La Pologne s'offre "La dame à l'hermine" de Léonard de Vinci

Crédits: AFP

C'est cher comme cadeau de fin d'année. Mais tout a son prix. L'Etat polonais s'est offert pour son petit Noël la Collection Czartoryski pour un montant confidentiel, après de longues tractations avec la Fondation du même nom. On parle de 230 millions d'euros. Il faut dire que l'ensemble comprend non seulement «Le paysage avec le bon Samaritain» de Rembrandt, mais «La dame à l'hermine», l'un des quatre portraits féminins connus de Léonard de Vinci (1). Un tableau qui serait (conditionnel) assuré 350 millions d'euros lors de ses nombreux voyages à l'étranger. 

La crème des dizaines de milliers de pièces de la Collection Czartoryski, formée au début du XIXe siècle quand la Pologne avait disparu de la carte, était déjà déposée au Musée National de Cracovie. Il manque toujours l'autre icône dde cet ensemble. Si la «Dame», volée par les nazis, avait été retrouvée saine et sauve en 1946, il n'est est pas allé de même pour un portrait d'homme de Raphaël. Il court dans la nature, s'il n'a pas été détruit. Le Vinci avait été restitué, après la chute du régime communiste de 1989, à la famille. Mais celle-ci vit prudemment à l'étranger. Adam Karol Czartoryski est cependant revenu au pays pour l'annonce d'un accord conclu le 29 décembre. Piotr Glinski, ministre de la culture, a ainsi pu annoncer avec lui la cession de la collection à l'Etat pour un prix d'ami. La valeur totale pourrait (encore un conditionnel) dépasser les deux milliards d'euros.

Superbe, mais un peu repeint 

Le tableau de Vinci fait grande impression. Je me souviens de l'avoir vu pour la première fois au Palazzo Pitti de Florence. Peint à Milan en 1488-1480, le mince panneau de chêne montre une femme plus jolie et moins jaune que la «Joconde», dont les vernis se sont obscurcis avec le temps. Ici, les couleurs sont fraîches. Un expert a cependant signalé nombre de restaurations et surtout de repeints. On ne traverse pas les siècles comme ça! 

Le dernier Vinci à avoir fait l'objet d'une tractation avant 2016 est le «Portrait de Ginevra da Benci». Propriété d'un prince de Liechtenstein alors en délicatesse financière, il avait été cédé en 1967 à la National Gallery de Washington pour «plus de cinq millions de dollars» de l'époque. Multipliez cette somme environ par vingt pour avoir une évaluation actuelle.

(1) "La dame à l'hermine", "La Joconde", "Ginevra da Benci" et "La belle Ferronière".

Photo (AFP): "La dame à l'hermine" lors de son voyage à Londres, où la National Gallery l'avait montrée.

Texte intercalaire.

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