Michel Jeannot

FONDATEUR DE WTHEJOURNAL.COM

Journaliste spécialisé, fondateur du site WtheJournal.com et des applications iPhone, iPad et Android associées, Michel Jeannot est à la tête du Bureau d’Information et de Presse Horlogère (BIPH), un team de journalistes collaborant avec une quinzaine de médias dans le monde, dont Bilan et le Figaro. Sa plume sûre et parfois acérée est aussi à l’aise sur les questions techniques que sur les enjeux liés à la branche et à son économie. Michel Jeannot est également éditeur et rédacteur en chef du magazine Montres Le Guide / Uhren von A bis Z / 顶级钟表鉴 (225 000 exemplaires).

Horlogerie recherche managers, désespérément!

Changement de propriétaire, tournus dans le management, départs volontaires (ou non), au moment du passage de témoin les interrogations sont toujours les mêmes: le successeur sera-t-il réellement meilleur que le partant ? Et, dans l’horlogerie, la réponse ne va pas toujours de soi.

Acheter une marque, c’est relativement facile. Avoir de l’ambition pour elle, c’est encore aisé. Définir des stratégies gagnantes, ça reste dans le domaine du possible. Mais trouver un excellent manager apte à révéler tout le potentiel de l’entreprise, c’est une chose autrement plus délicate. L’horlogerie – plus que d’autres secteurs ? – est régulièrement confrontée à cette difficulté. Et elle n’y répond pas toujours de la meilleure des manières. Ainsi, sans vouloir offusquer personne, les nominations de CEO ou de cadres supérieurs dans l’horlogerie sont régulièrement accompagnées – de la part du personnel et des observateurs - au mieux d’une moue dubitative, au pire d’un grand « ah ? » de perplexité.

Au cours d’une interview récente accordée au quotidien Le Temps et destinée à rassurer et à remotiver les collaborateurs, Kwok Lung Hon, fondateur et président de Citychamp Watch & Jewellery (ex-China Haidian), propriétaire notamment de Corum, a précisé qu’il avait « aujourd’hui besoin de quelqu’un qui puisse réussir, qui aille dans la même direction que moi ». Puis d’ajouter que la nomination d’un nouveau directeur général interviendrait « bientôt », évoquant la piste d’une nomination à l’interne et jouant l’apaisement : « Rassurez-vous, tout va bien. Corum est pour l’instant dirigée en équipe ».

Cette difficulté de mettre la main sur « la perle rare » - six mois après l’éviction du précédent CEO Antonio Calce - n’est pas propre à la marque chaux-de-fonnière et, au-delà des entraves culturelles auxquelles se sont heurtés les propriétaires actuels de Corum, la problématique liée au recrutement d’un management compétent reste entière.

A l’heure ou nous rédigeons ces lignes, Girard-Perregaux n’a plus non plus de directeur général après le départ à fin septembre de Michele Sofisti. Là encore, la situation devrait se normaliser bientôt, mais Albert Bensoussan, directeur général du nouveau pôle « Luxe – Montres & Joaillerie » de Kering, semble connaître quelques difficultés à trouver le manager adéquat, tant les noms évoqués en coulisses semblent être à des années-lumière des compétences dont a vraiment besoin la marque. Mais, au-delà des rumeurs, faisons confiance au patron du pôle Luxe de Kering pour déjouer ces pronostics et dénicher le manager providentiel à la hauteur de Girard-Perregaux.

Entre intouchables et insubmersibles

En réalité, si ces nominations tardent à être annoncées, c’est que le recrutement s’avère complexe. Car ce ne sont pas nécessairement les meilleurs qui sont sur le marché, immédiatement disponibles... Dans les faits, les choix sont extrêmement restreints et les propriétaires font face à quatre types de cibles potentielles : les intouchables, les insubmersibles, les mercenaires et les extérieurs. Et, en général, ils font leur marché dans cet ordre.

Très logiquement, leurs premiers choix se portent toujours sur les intouchables, cette catégorie à part,  restreinte, constituée des meilleurs managers. Très courtisés, ces derniers sont suffisamment conscients de leurs valeurs – donc de ce qu’ils peuvent apporter à l’entreprise et de ce qu’ils peuvent exiger d’elle – qu’ils sont rarement ouverts, ne serait-ce qu’à la négociation. Les chasseurs de tête se rabattent alors sur les insubmersibles, soit tous ces managers qui ont été remerciés moult fois pour insuffisance de résultats et qui se retrouvent, entreprise après entreprise, toujours à des postes clés. S’ils n’ont toujours pas leur nouveau CEO, les propriétaires de marques (en difficulté) se tournent alors vers les mercenaires. Ces spécialistes du redressement d’entreprise, professionnels des missions impossibles, font rarement des miracles. Mais ils n’y laissent jamais leur peau.

Enfin, ce n’est (malheureusement) qu’en désespoir de cause que les recruteurs songent à explorer des pistes hors du sérail horloger. Ces tentatives ont pourtant déjà fait leurs preuves. Pour peu que l’on fasse appel à des managers intelligents, curieux et à l’écoute, soit ceux qui comprennent qu’ils ne doivent pas nécessairement appliquer à l’horlogerie les recettes qu’ils ont mitonnées ailleurs.

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